Des pionnières brillantes

Au début du XXe siècle, des joaillères suisses mues par un esprit de pionnier et un style sûr se sont fait une place en vue. Joya Indermühle, co-commissaire, nous en parle.

Joya Indermühle, qui sont ces femmes, pionnières de l’art du bijou?

Joya Indermühle: Ce sont de jeunes femmes qui sont partie prenante des mutations sociales, technologiques et artistiques du début du XXe siècle et qui décident de suivre leur propre chemin en se formant aux métiers de la bijouterie. Pour elles, le bijou est un moyen d’expression artistique et chacune d’entre elles développe son propre style novateur. Notre exposition présente des oeuvres de Marie Bedot-Diodati, Yvonne de Morsier-Roethlisberger, Germaine Glitsch de Siebenthal, Martha Flüeler-Haefeli et Gertrud Catinka Apotheker-Riggenbach.

Et une telle démarche était alors possible en Suisse?

Nombre de ces personnalités ont suivi leur formation en Suisse, mais se sont ensuite établies à l’étranger avant de revenir dans notre pays. Yvonne de Morsier-Roethlisberger (1896 – 1971) en est un bon exemple. Elle a fréquenté l’École des beauxarts et l’École d’arts appliqués de Genève. Ce type de formation existait à Genève grâce à l’industrie horlogère et à l’orfèvrerie. Après Berlin et Florence, Yvonne de Morsier-Roethlisberger arrive en 1935 à Paris où elle ouvre un atelier. C’est ainsi qu’elle a eu accès à la Haute Couture et a l’opportunité de créer des bijoux pour Rochas, Elsa Schiaparelli ou encore Dior. Parallèlement, elle a pu participer à différentes expositions et ainsi présenter ses créations novatrices, entre autres à l’Exposition universelle de Paris en 1937. Gertrud Catinka Apotheker-Riggenbach (1900 – 1993) en est un autre exemple. Après un apprentissage dans le travail des métaux, elle part pour l’Allemagne où elle suit une formation d’orfèvre et fréquente l’École des beaux-arts. Le concept du Bauhaus avec ses applications touchant à différents domaines a été une importante source d’inspiration. C’est ainsi que Apotheker-Riggenbach a créé non seulement des bijoux mais également des meubles. Elle aussi a séjourné à Paris au milieu des années 1920.

Pourquoi précisément Paris?

L’Exposition universelle de Paris en 1900, au cours de laquelle René Lalique a présenté des bijoux novateurs, a eu un rayonnement considérable. La ville exerce alors une très forte attraction sur l’avant-garde artistique. Les femmes y sont par ailleurs très présentes dans les milieux artistiques.

Mais elles ont été aussi soutenues en Suisse?

Toutes ces artistes sont alors membres de l’Œuvre ou du Schweizerischer Werkbund, son organisation sœur en Suisse alémanique. Ces deux organisations mettent sur pied d’importantes expositions en Suisse. De nombreuses artistes ont ainsi pu présenter leurs travaux en 1922 lors de la Première exposition nationale d’art appliqué à Lausanne. À partir des années 1920, Germaine Glitsch de Siebenthal a ainsi reçu plusieurs distinctions et bourses fédérales.

Quelle importance ont eu ces pionnières pour les générations ultérieures?

Je pense que c’est avant tout leur propre image artistique qui a inspiré les générations suivantes. Ces femmes ont été des artistes qui avaient de l’assurance et ont fondé leurs propres ateliers. Ce qu’elles ont fait était auparavant impossible sous cette forme. En ce sens, elles ont joué un rôle de précurseurs. Mais elles sont malheureusement oubliées du grand public. Nous espérons, grâce à cette exposition, faire revivre leur popularité et peut-être aussi attirer l’attention de la recherche sur ce sujet.

Joya Indermühle, co-commissaire de l’exposition « Bijoux. Matériaux Artisanat Art». Photo: Musée national suisse

Yvonne de Morsier-Roethlisberger. Photo: Georges Racroul (Paris, vers 1945), © Archives MAH

Bague appartenant à Gertrud Catinka Apotheker-Riggenbach, en or, émail et cristal de roche. Photo: Musée national suisse

Bracelet appartenant à Gertrud Catinka Apotheker-Riggenbach, en or et pierre de lune. Photo: Musée national suisse

Bijoux. Matériaux Artisanat Art

19 Mai – 22 Octobre
Musée national Zurich

Dans le cadre d’une exposition spéciale, le Musée national suisse montre les plus belles pièces de sa collection de bijoux ainsi qu’un certain nombre de prêts exceptionnels. L’exposition met en exergue les matériaux et le travail d’artisanat mais aussi des thèmes centraux en joaillerie: l’amour, la révolte et la tradition. Une salle est consacrée aux artistes du XXe siècle, de Lalique à Max Bill en passant par des joaillers contemporains.

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Alexander Rechsteiner
Après avoir suivi des études d’anglais et de sciences politiques, Alexander Rechsteiner travaille aujourd’hui au sein du département Communication du Musée national suisse.

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