Barry ou Lovely?

Si la Suisse n'a pas d'animal national officiel, quatre candidats prometteurs pourraient prétendre au titre.

«Eh toi!», siffle la marmotte au bouquetin, qui, occupé à grignoter quelques feuilles tendres dénichées entre deux rochers, ne prête pas du tout attention au petit rongeur. «Eh, oh! Tu m’as entendue?», insiste la marmotte. «Le Musée national suisse nous consacre une exposition, à toi, à moi, à la vache et au saint-bernard. En tant que candidats au titre d’animal emblématique suisse. Car il n’y en a pas d’officiel.» Le bouquetin jette un regard condescendant à la petite boule de fourrure. «Ils auraient dû se concentrer sur moi et moi seul! Au final, je suis le roi des Alpes. Il n’y a qu’à voir nos cornes, longues de près d’un mètre chez nous autres les mâles. Celles de ma femelle, l’étagne, sont certes plus courtes mais avec nos sabots et notre adresse innée, nous parvenons tous deux à escalader les parois les plus abruptes! En outre, je figure sur le blason des Grisons. Tu ne peux pas en dire autant, ma petite!»

«Mais moi, si!», réplique la vache, qui paît à quelque distance de là, tandis que la marmotte gonfle ses joues d’indignation. Et le ruminant de poursuivre: «Tu as déjà entendu parler du taureau d’Uri. Il occupe tout le blason, pas seulement un tiers. Et, avec un demi-million de représentants, nous autres bovins sommes clairement en supériorité numérique en Suisse. Vous êtes cent fois moins de bouquetins. De plus, essaie d’imaginer les Alpes sans le tintement des cloches ou la Suisse sans fromage?

Mes ancêtres, les aurochs, ont commencé il y a 10’000 ans à domestiquer les hommes. En Suisse, l’entreprise a bien fonctionné: j’y suis quasi vénérée! Tableaux, photos, foires, brassées de fleurs pour monter à l’alpage: les habitants m’adorent. Ils portent même mon effigie comme bijou!»

«Vénérée, tu parles …», répond le bouquetin en ronchonnant avant de se hisser en haut d’un rocher pour mieux toiser la vache et la marmotte. «Les gens jettent tellement de déchets dans les prés que tu dois porter un aimant dans l’estomac pour éviter de te blesser avec le métal avalé par mégarde. Et tu n’es plus authentiquement suisse: avec tous les croisements avec des races allemandes et américaines, tu accuses même un certain embonpoint peu compatible avec la vie en montagne!»

«Pas authentiquement suisse», tempête la vache. «Venant de toi, c’est un peu fort! N’oublie pas tes origines italiennes!» «Ce n’est pas vrai», grommelle le bouquetin. «Si, la vache a entièrement raison», lance un saint-bernard orange et blanc, qui s’avance d’un pas de sénateur vers les trois polémistes tout en clignant de ses yeux larmoyants. «Jusqu’au début du XIXe siècle, tu avais quasi disparu de Suisse, alors qu’en Italie subsistait encore
une petite population, placée sous la protection des rois de Savoie. Lorsque les Suisses ont voulu te réintroduire au XIXe siècle et ont demandé à Victor Emmanuel III quelques spécimens, celui-ci a refusé d’accéder à leur requête. Ton retour est le fait d’un braconnier, qui, en 1906, a dérobé trois cabris et les a passés en fraude. Vois-tu, tu peux me croire, car je vis à la frontière italienne», explique le saint-bernard, qui se couche à côté de la marmotte.

Vache - l'amie chaleureuse

Hauteur au garrot: 138 – 152 cm
Poids: 550 (f) – 1300 (m) kg
Production laitière: 7200 – 12’000 l / an (race brune)
Anecdote: une vache qui n’a pas vêlé, autrement dit n’a jamais mis bas, est appelée génisse.

Photo: adobestock / Stephan Karg

Marmotte - la dormeuse sociable

Longueur: 30 – 60 cm
Poids: 3,5 – 7 kg
Age: 10 – 17 ans
Anecdote: le nom «marmotte» vient du latin «mus montis», rat de montagne.

Photo: Fotolia / artepicturas

Les marmottes faisaient autrefois partie des animaux domestiques comme le montre cette photo de 1925 prise à S-charl. Photo: Jon Duri Gross

«Bien fait», dit le petit rongeur au bouquetin à la mine soudainement renfrognée. «Et toi, tu aspires au poste?», demande non sans moquerie le caprin au saint-bernard. «Pourquoi pas?», réplique le mâtin. «Au fond, moi, je suis entré dans le Livre des origines suisse en 1884. J’ai d’abord été élevé au col du Grand-Saint-Bernard – par des moines de l’ordre de Saint-Augustin, dans un hospice, ce qui me confère une origine quasi divine. Mon ancêtre
Barry jouit d’un statut légendaire: on rapporte qu’il aurait sauvé 40 vies humaines. Certes, lui et ses frères avaient un aspect physique légèrement différent de la génération actuelle, mais il faut bien changer. Aujourd’hui, je suis davantage un chien de famille qu’un chien de travail et je laisse aux autres lesopérations de sauvetage lors des avalanches. Cependant, symboliquement, j’incarne toujours la fidélité, le courage et l’assistance en cas de détresse. Est-ce que les peluches à votre effigie se vendent aussi bien que les miennes?»

«A quoi servent les peluches quand on est un signe du zodiaque! », riposte le bouquetin. «Saviez-vous que l’étoile la plus brillante dans le ciel appartient à la constellation du Grand Chien?», rétorque le saint-bernard. La vache hoche la tête, le son de sa cloche se fait entendre. «Ce n’est rien. Nous avons également notre signe zodiacal: le taureau. Mais en matière de courage, de force et de fans, mes cousines d’Hérens en connaissent un rayon, et lorsqu’elles choisissent leur reine, les hommes accourent de loin pour assister au sacre.»

«Nous, nous combattons dans les hauteurs», se targue le bouquetin. «C’est nettement plus dangereux! C’est pour cela que nous attirons moins de monde.» «Et vous êtes fiers de vous battre comme des chiffonniers?», commente le saint-bernard en soupirant de lassitude. «Et toi, qu’est-ce que tu en dis, rat des montagnes? Tu ne veux pas participer à la compétition?»

La marmotte hausse les épaules hypocritement. «Ah, vous savez», répond-elle tout en se prélassant sur une pierre bien fraîche. «Je pourrais bien évidemment vous parler des vertus curatives de la graisse de mon ventre. Ou de mon système d’alerte ultra- sophistiqué. Ou encore de mon coeur, dont le rythme passe de 200 pulsations minute à 20 pendant l’hiver. Je pourrais aussi vous dire que nous étions autrefois des animaux domestiques et que les montreurs d’ours se sont inspirés des tours que nos maîtres nous avaient appris. Enfin, je pourrais encenser notre intelligence sociale, qui nous conduit à hiberner en groupe, réduisant ainsi les coûts énergétiques de l’opération. Mais je n’en ferai rien. Car la modestie est la plus suisse des vertus. N’est-ce pas?»

Bouquetin - le caprin au pied agile

Hauteur au garrot: ca. 90 cm
Poids: 40 (f) – 100 (m) kg
Age: env. 25 ans
Anecdote: le capricorne de la constellation du même nom est une créature moitié poisson, moitié bouquetin.

Photo: naturPHotos.ch / Pascal Halder

Saint-Bernard - le fidèle compagnon

Hauteur au garrot: 65 (f) – 90 (m) cm
Poids: 50 (f) – 85 (m) kg
Age: env. 8 ans
Anecdote: le saint-bernard a d’abord été domestiqué comme chien de garde et de protection. Le tonnelet d’eau-de-vie est une pure invention.

Photo: Fotolia / Cappi Thompson

Avant l’inalpe, les vaches d’Hérens s’affrontent sous le regard de nombreux
curieux pour déterminer la hiérarchie du troupeau. Photo: Alex Wydler

Musée national Zurich
30 juin 17 – 11 mars 18

bestialement suisses:
vache, marmotte, bouquetin et saint-bernard

Une exposition pour toute la famille consacrée à quatre sympathiques animaux et à leur relation avec l’homme et la Suisse.

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Claudia Walder
Claudia Walder est auteure et rédactrice, notamment pour la revue de voyage suisse Transhelvetica et le magazine du Musée national suisse.

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