La magie des objets – Le «casque de Zwingli» à travers le temps

La légende veut que le casque en fer exposé dans la collection du Musée national suisse ait protégé le crâne d’Ulrich Zwingli (1484-1531), mortellement blessé. Mais il n’existe aucun document attestant l’origine de cet objet, considéré par les catholiques comme une prise de guerre.

Les chiffres possèdent une forte crédibilité, comme en témoignent les anniversaires de personnes et d’événements que nous fêtons. Mais quels chiffres et dates peuvent bien témoigner de l’authenticité d’un casque en fer censé avoir appartenu à Ulrich Zwingli?

Le design du casque semble indiquer qu’il a été fabriqué il y a environ 500 ans. Une analyse du métal pourrait sans doute nous en apprendre plus, mais ce qui nous intéresse vraiment, c’est de savoir s’il a, oui ou non, appartenu un jour au réformateur zurichois « Huldrich Zwingli » (1484-1531). Les preuves font défaut, aucun document d’époque n’étant parvenu jusqu’à nous. La première trace de l’existence du casque de Zwingli date de 74 ans après son décès. Compte tenu de cette lacune temporelle, toutes les autres mentions du casque n’ont aucune valeur probante.

En 1605, le Luzerner Zeughaus, ancêtre du Musée historique, évoque le casque, qu’il appelle « Zwinglis Jsenhout ». Par la suite, les catholiques le considéreront comme une prise de guerre: au cours de la bataille de Kappel (1531), les catholiques de Suisse centrale auraient arraché son casque au réformateur zurichois vaincu.

En 1805, un journal zurichois de Nouvel An publie une gravure sur cuivre représentant les « armes de Zwingli » – à savoir une épée, un sabre suisse et une hache d’armes – ainsi que son casque. Cela semble indiquer que les Zurichois sont désormais eux aussi convaincus de l’« authenticité » de ces objets, qu’ils considèrent comme l’héritage du réformateur et qu’ils réclament à ce titre. Ils vont d’ailleurs s’emparer des armes et du casque pendant la guerre du Sonderbund. En 1849, les armes sont remises au gouvernement zurichois dans le cadre d’une cérémonie à la fois militaire et politique, avant qu’une procession ne les conduise au Städtisches Zeughaus. En 1898, l’épée, la hache et le casque aboutissent dans la collection du nouveau Musée national suisse.

A chacun des « rites de passage » qu’il a subis au cours de sa vie publique, l’objet qui nous intéresse aujourd’hui a été appelé « casque de Zwingli ». Sa présentation, d’abord au Zürcher Zeughaus, puis au Musée national, lui a conféré le statut de relique. Supposé être un objet personnel du réformateur, il est désormais sous vitrine et donc intouchable. Il fait même l’objet de dons, signe de son caractère sublime. Malgré le flou entourant ses origines, les historiens et les conservateurs n’en continuent pas moins de véhiculer l’idée que ce casque trônait sur la tête d’Ulrich Zwingli il y a 500 ans, et même que ses ennemis s’en étaient emparés à la mort du réformateur sur le champ de bataille. Peut-être est-ce d’ailleurs vrai. Si l’on n’a pas de preuve de l’authenticité de cette thèse, on ne dispose pas non plus d’éléments qui l’excluent. Tout ce que l’on sait, c’est que son histoire ne commence vraiment qu’au début du XVIIe siècle.

Hans Asper (1499-1571), panneau posthume représentant Ulrich Zwingli, 1549. Huile et tempera sur bois. Dépôt de la Bibliothèque centrale de Zurich.

Cette gravure réalisée par Johann Martin Usteri (1763-1827) et Johann Rudolf Schellenberg (1740-1806) montre Zwingli sur son cheval, entouré d’hommes d’armes lors de la bataille de Kappel (1531). Image: Musée national suisse

Le casque en fer ayant prétendument appartenu à Ulrich Zwingli. Le nom du réformateur est gravé sur le côté. La gravure est bien plus récente que le casque. Le trou béant dans le prétendu casque de Zwingli est d’origine inconnue. Il n’est pas exclu qu’il ait été réalisé intentionnellement lors du passage de l’objet au Zeughaus pour accréditer la thèse de la prise de guerre. Le casque est exposé au Musée national de Zurich. Photos: Musée national suisse

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Erika Hebeisen
Historienne et conservatrice au Musée national suisse

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