Alois Carigiet (1902 – 1985) possédait de multiples talents: illustrateur de livres pour enfants restés fameux, mais aussi graphiste et peintre. Photo: ETH-Bibliothek Zürich, Bildarchiv / © Héritiers d’Alois Carigiet

Alois Carigiet – un e quête perpétuelle

Le créateur de «Une cloche pour Ursli» était beaucoup plus qu’un illustrateur de livres pour enfants. Presque tout ce qu’il entreprit fut couronné de succès. Et c’est justement pour cela qu’il n’a jamais cessé d’entreprendre.

C’est Ursli qui a rendu Alois Carigiet célèbre. Depuis 1945, ce petit garçon des Grisons avec son bonnet pointu enthousiasme petits et grands dans le monde entier. Vendu à plus de deux millions d’exemplaires, «Une cloche pour Ursli» a été traduit en 14 langues dont le japonais et l’afrikaans. Toutefois, ce succès n’a pas eu que des avantages. Ainsi la production d’Alois Carigiet a souvent été réduite aux illustrations de «Une cloche pour Ursli». Cette méprise fait oublier que l’artiste maîtrisait de nombreuses disciplines. L’exposition «Alois Carigiet. Art, graphisme et une cloche pour Ursli» présentée au Forum de l’histoire suisse à Schwytz met en lumière les différentes facettes de ce personnage fascinant.

Artiste décathlonien

Carigiet a passé son enfance à Trun dans les Grisons. Après une formation de peintre décorateur à Coire, il s’installe à Zurich en 1923. Il s’y forge rapidement une réputation de graphiste talentueux et crée des affiches destinées aux mondes de la mode et du tourisme ainsi qu’à des organisations politiques. Son style très personnel allié à un soupçon d’humour fait de ses affiches des oeuvres uniques et les commandes s’accumulent. Indépendant depuis 1927, Alois Carigiet doit recruter des employés pour pouvoir répondre à la demande. Parallèlement, il crée accessoires, décors et costumes pour le légendaire Cabaret Cornichon dont il est l’un des fondateurs.

Dans les années 1930, les promenades du dimanche conduisent encore fréquemment aux colonnes d’affichage pour contempler les nouvelles affiches. Un public nombreux se délecte des dernières réclames parmi lesquelles de nombreux travaux d’Alois Carigiet. Entre 1923 et 1939, l’artiste grison a créé plus d’une centaine d’affiches et est donc souvent au centre des discussions dominicales. Sa dernière affiche, et en même temps la plus importante, est celle de l’exposition nationale qui a eu lieu à Zurich en 1939. Carigiet y a longtemps travaillé tout en remarquant qu’il était temps pour lui de changer d’orientation. Refusant de suivre le chemin de la facilité, il cherche à conquérir de nouvelles disciplines. Alois Carigiet évolue de plus en plus vers ce que l’on pourrait appeler un «décathlonien des arts».

Peintre et illustrateur de livres pour enfants

Après l’affiche de l’exposition nationale, l’artiste se concentre sur la peinture. Il a créé aussi bien des oeuvres destinées aux murs et façades de bâtiments que des peintures à l’huile classiques. Il peint des paysages, des animaux et des personnes ainsi que des vues de maisons et villages. Mais Carigiet ne serait pas Carigiet si sa carrière était alors devenue un long fleuve tranquille : enthousiasmée par ses affiches, Selina Chönz de Guarda (GR) avait poussé l’artiste à illustrer son livre pour enfants. Toutefois, ce rapprochement ne se fit pas du jour au lendemain. L’illustrateur se rendit à de nombreuses reprises chez l’auteure à Guarda, à la recherche d’inspiration mais aussi pour travailler en commun sur le projet. À cette époque, une guerre d’une violence que le monde n’avait pas encore vue, se déchaînait autour de la Suisse. Ce petit pays cerné par des puissances fascistes tentait de survivre, de se défendre, de résister avec ténacité. De manière consciente ou inconsciente, cet esprit du temps est transmis au petit Ursli : ce courageux montagnard se révolte contre son destin et sera finalement récompensé au terme d’un périple intrépide sur l’alpage. Il est difficile de dire si l’on peut voir dans le livre de Selina Chönz et d’Alois Carigiet un exemple de défense spirituelle. On en trouve toutefois certains éléments dans le texte et les illustrations.

Après deux autres livres avec Selina Chönz, Alois Carigiet s’aventure vers un nouveau champ d’activités : il créé un livre seul. Il est ainsi l’auteur des illustrations et du texte de «Zottel, Zick und Zwerg», ouvrage primé à plusieurs reprises. Suivent deux autres livres. Parallèlement, Alois Carigiet travaille dans d’autres disciplines. Le graphiste, peintre et illustrateur était constamment en quête de nouvelles expériences, poussé par une énergie intarissable. Il n’a jamais pu ni voulu se reposer sur ses lauriers. Grâce à ces capacités, l’artiste grison a transmis à la postérité un riche héritage qui va bien au-delà du livre «Une cloche pour Ursli».

Ebauche de la couverture du livre « Une cloche
pour Ursli » pour l’édition en langue romanche.
Dessinée à la main par Alois Carigiet 1942-1945. © Héritiers
d’Alois Carigiet et Orell Füssli Verlag, Zürich

Un tournant : après avoir créé l’affiche de l’Exposition nationale de 1939, Alois Carigiet s’est consacré à la peinture. © Héritiers de Alois Carigiet

Alois Carigiet, «Haus in Vals», 1973. Huile sur toile: Prêt d’une collection privée. © Héritiers de Alois Carigiet

Alois Carigiet. Art, graphisme et cloche pour Ursli

Forum de l’histoire suisse à Schwytz

04.11.2017 2017 - 11.03.2018

L’exposition consacre à cet artiste aux multiples talents Alois Carigiet (1902–1985), aborde les nombreuses facettes de son oeuvre et les rend accessibles aussi bien aux adultes qu’aux plus petits.

Andrej Abplanalp on Wordpress
Andrej Abplanalp
Historien et chef de la communication du Musée national suisse.

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