William Morris s’est efforcé de redonner vie aux techniques artisanales médiévales, comme la production de tapisseries murales de grande qualité. Il en a fait fabriquer dans sa manufacture en utilisant les méthodes traditionnelles. Photo: Victoria and Albert Museum, London

À la recherche du style

Miracles techniques et mutations sociales en série : la seconde moitié du XIXe siècle brille par ses visions pour l’art au quotidien.

« The Great Exhibition », la première exposition universelle de 1851 à Londres a été le coup d’envoi d’une nouvelle époque marquée par une accélération de l’industrialisation, une période de mutations sociales à la recherche de son propre style.

L’ampoule électrique, l’eau courante ou encore de nouveaux colorants synthétiques, mais tout particulièrement le téléphone, comptent parmi les inventions révolutionnaires de cette époque. L’Écossais Alexander Graham Bell dépose le brevet du téléphone auprès du bureau des brevets de Washington en 1876. Après avoir émigré aux États-Unis en 1871, il travaille comme orthophonisteet instituteur pour malentendants. Bell souhaite rendre visible les ondes sonores de manière à fournir aux personnes malentendantes un contrôle optique de leurs paroles. L’expérience échoue mais lui fournit les principes de base du téléphone. Alexander Graham Bell est considéré comme l’inventeur officiel du téléphone, même si d’autres travaillent au même moment sur des projets comparables. Cela est particulièrement tragique pour l’américain Elisha Grey. Ce spécialiste du télégraphe ne demande le brevet pour le téléphone que deux heures après Bell. Retard fatal même si son projet était plus avancé.

L’invention de la lampe à incandescence amène la lumière dans les villes et accélère l’électrification. La lumière électrique supplante l’éclairage au gaz vers la fin du XIXe siècle. Photo: Musée national suisse

Ce téléphone de table Ericsson datant de 1892 fonctionnait au courant alternatif. Photo: Musée de la communication

Le temps du design pour une nouvelle clientèle

L’économie tourne à plein régime, et ce, pas seulement grâce aux nouveaux moyens de communication. La généralisation de l’utilisation de l’électricité permet d’augmenter presque quotidiennement le rendement dans la production en série de nouveaux biens de consommation courante destinés à la population urbaine. Toutefois, l’esthétique des premiers objets fabriqués en série laisse grandement à désirer, ce qui les rend peu séduisants aux yeux de la clientèle. Mais quel aspect doit donc avoir un produit attrayant ? Les acteurs dans les domaines de l’art et du style prennent le Moyen Âge comme modèle et répandent l’idée de l’unité entre art et artisanat. Ceci marque la naissance d’un nouveau métier : l’artiste concepteur. Il analyse l’histoire des styles européens, d’Afrique du Nord et d’Asie. Il reconnaît dans la nature une source d’inspiration et commence à unir forme et fonction.

La forme de cette carafe à vin rappelle celle des amphores grecques, avec leur support caractéristique et leur base pointue. Dresser a transformé le modèle antique en un récipient léger et élégant. Photo: Oscar Graf Gallery, Jacques Pépion

Cette chaise s’inspire de meubles de la Grèce antique qu’Edward William Godwin, architecte et designer, connaissait bien, notamment grâce aux sculptures en marbre exposées au British Museum. Photo: Victoria and Albert Museum, London

Le temps des écoles d’arts appliqués

Les objets du quotidien ne doivent pas seulement être pratiques mais également beaux. La Suisse a besoin d’un signal pour reconnaître ce principe, une « étincelle » pour reprendre les mots de Richard Thaler, prix Nobel d’économie : L’exposition universelle de 1873 a été cette « étincelle ». À Vienne, les produits suisses ont été salués, plus pour leur fonctionnalité que pour leurs qualités et leur originalité esthétiques. C’est ainsi que l’on peut lire dans le rapport officiel de l’exposition universelle de Vienne ces quelques mots sur les produits suisses : « On s’efforce de ne pas rester à la traîne, mais on n’aspire pas à atteindre des sommets.» Ils touchent profondément les entrepreneurs suisses : La Société des patrons graveurs fonde la première école d’arts appliqués à La Chaux-de-Fonds. L’industrie du textile de Suisse orientale suit avec une école à Saint-Gall. En 1876, c’est au tour de Genève puis Lucerne (1877) et Zurich (1878). Ce qui est présenté à Paris, Londres, New York, Vienne, Philadelphie ou Barcelone trouve rapidement son chemin dans les maisons modernes à plusieurs étages de la bourgeoisie urbaine. Ce constat a été à l’origine de la création de nombreuses manufactures et usines suisses, qui rapidement se sont tournées vers une clientèle internationale.

La tour Eiffel, expression spectaculaire d’un art architectural qui s’émancipe du classicisme depuis le milieu du XIXe siècle, a été construite entre 1887 et 1889. Photo: Musée d’Orsay, Paris

À la recherche du style. 1850 – 1900

Musée national Zurich

23.3. – 15.7.2018

Entre 1850 et 1900, il n’y avait pas de style unique dominant mais différents courants artistiques qui cohabitaient. La France était la référence incontournable avant que la Grande-Bretagne ne rattrape progressivement son retard en créant des écoles d’arts décoratifs, en rassemblant des collections ainsi qu’en ouvrant des musées et en obtenant des succès grâce à leurs idées. Un nouveau métier vit le jour : artiste concepteur ou designer.

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Andrej Abplanalp
Historien et chef de la communication du Musée national suisse.

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