La salle d’armes et son ambiance martiale constituent le point d’orgue de la présentation consacrée à l’histoire suisse au Musée national.

Une visite du Musée national vers 1900

Dès son inauguration il y a 120 ans, le Musée national commence à attirer les visiteurs. La longueur des travaux et le débat politique nourri en amont du projet attisent la curiosité de la population. L’entrée gratuite et l’emplacement de l’établissement, tout près de la gare de Zurich, contribuent également à ce succès, même si c’est surtout l’aménagement spectaculaire des salles d’exposition qui suscite l’enthousiasme du public.

Une fois passé le majestueux hall d’entrée, le visiteur entreprend un voyage dans le temps à la découverte de l’histoire suisse depuis ses débuts. Après la collection préhistorique, des salles d’exposition souvent consacrées à un groupe d’objets et aménagées comme des pièces historiques, mêlant fragments architecturaux et mobilier d’époque, se succèdent sur trois étages. Sans conteste, la gigantesque salle d’armes constitue le point d’orgue du circuit et marque aussi la fin de l’exposition comptant quelque 50 salles. Comme la présentation de la création de l’État fédéral moderne aux XVIIIe et XIXe siècles, une époque très conflictuelle, demeure encore un sujet trop sensible politiquement, le musée se concentre sur le Moyen Âge et les Temps modernes.

L’entrée du Musée national, avec ses fenêtres à remplage gothiques richement décorées, se trouvait dans le passage qui mène vers la cour, juste à côté de la diligence de la poste du Gothard.

Du point de vue architectural, les salles d’exposition du Musée national doivent être en symbiose avec l’architecture intérieure souvent d’origine (plafond, portes, colonnes, etc.) et les objets des collections afin de ressusciter le passé et de le rendre compréhensible aux yeux d’un large public. On entend redonner vie aux objets en les présentant dans l’environnement dont on pense qu’il était le leur à l’origine et créer ainsi une atmosphère intense, voire suggestive propice à l’expérience historique. Corollaire de cette approche, la volonté de présenter le moins d’objets possible dans des vitrines vise à renforcer encore davantage l’immédiateté de la perception. Dans cette logique, la classification exacte des objets revêt une importance secondaire: ce n’est que des années après l’inauguration que l’on se rend progressivement compte de la nécessité d’ajouter des cartouches explicatifs. On se fait aussi un devoir d’exposer dans la mesure du possible l’intégralité de la collection du musée. Comme il n’existe pas encore de dépôt au sens propre du terme, tout ce qui n’est pas montré doit être conservé dans les combles ou à la cave. C’est dire que le moindre mètre carré est utilisé comme surface d’exposition, même si cela se fait souvent au détriment de la visibilité, surtout lorsque les légendes accompagnant les objets font défaut. Visiter le Musée national vers 1900 devait être une expérience impressionnante, au cours de laquelle le public devait sans doute parfois se sentir dépassé.

Salle 1. Préhistoire

La visite du « grand album illustré de l’histoire suisse » commence par une grande salle à colonnades dans laquelle sont exposées des trouvailles préhistoriques. Avec de nombreux objets sous « cloche », la section préhistorique constitue une exception car l’objectif du nouveau musée est de limiter au maximum les dispositifs entravant la vision et donc de faire l’usage le plus modéré possible des « ennuyeuses vitrines qui troublent le visiteur ». Les lacustres qui bâtissaient des maisons sur pilotis occupent une place centrale car dans l’historiographie de l’époque, ils sont considérés comme les ancêtres des Suisses et comme des hommes qui faisaient fi des frontières cantonales et nationales.

Salle 8. Chapelle gothique

Le plan même de la salle s’inspire du chœur d’une église avec notamment sa voûte sur croisée d’ogives typique du gothique. Les peintures du plafond imitent celles du Kerchel de Schwytz, et le plancher en carrelage celui de l’Église de Königsfelden. Sur la droite, le fragment d’un portail provenant de la cathédrale de Zurich permet d’accéder à la salle annexe. Sur le plan du contenu, « la chapelle était prévue pour accueillir des collections d’art sacré de la période gothique »: on peut y admirer un maître-autel originaire du Tessin, un autel secondaire qui vient de l’abbaye de Saint-Gall ainsi que deux Christ des Rameaux.

Salle 10. Salle du trésor

De la chapelle, un escalier conduit dans la salle du trésor aux allures de crypte gothique. Un grand nombre artefacts en or et en argent, religieux et profanes, y sont exposés sous une voûte impressionnante.

Salle 15. Cloître

Contigu à la chapelle se trouve un cloître, reconstitué à partir d’éléments de différentes provenances: le plafond en bois peint vient de la chapelle St. Sebastian d’Igels, les fenêtres à remplage gothiques richement décorées du cloître du Barfüsserkloster de Zurich, les 18 vitraux insérés dans les baies de l’ensemble de la Suisse ainsi que de Milan et de Rottweil, enfin les arcades du cloître du Predigerkloster de Zurich.

Salle 20. Loggia

La visite du rez-de-chaussée étant maintenant presque terminée, respirer un peu d’air frais dans la loggia fait du bien. La vue sur la promenade de la place permet au visiteur de « reposer ses yeux en contemplant le vert magnifique des vieux arbres de l’allée ». On peut aussi admirer la copie d’un plafond du début de la Renaissance de la Casa del Negromante, à Locarno, et une porte sculptée du Fraumünster de Zurich.

Salle 21. Pièce d’angle avec escalier menant au premier étage

À cet endroit du rez-de-chaussée, le visiteur emprunte un escalier qui le mène au premier étage, où il poursuit sa visite dans la direction opposée. Pour pouvoir exposer au moins une bonne partie des œuvres de la collection, déjà très nombreuses dès les premières années du Musée, on ne néglige aucun espace, comme en témoigne la cage d’escalier.

Salle 22. Apothicairerie

Les visiteurs attentifs trouveront dans une petite pièce reculée, située tout à l’extrémité du rez-de-chaussée, la reproduction d’une apothicairerie d’abbaye datant du XVIIIe siècle. Le mobilier vient du monastère bénédictin de Muri; les récipients et autres ustensiles ont des origines diverses.

Salle 29. Salon d’apparat

Le premier étage offre toute une série de pièces historiques à visiter, dont la plus remarquable est sans doute le salon d’apparat, « la perle du Musée national ». Cette pièce magnifiquement décorée, qui vient du Seidenhof de Zurich construit en 1592, possède de superbes boiseries murales, un plafond à caissons et un poêle en faïence de Winterthour riche en couleurs.

Salle 34. Salle de Winkelried

À l’origine, il était prévu que le musée ne comprenne que deux niveaux, le rez-de-chaussée et le premier étage. Mais juste avant l’inauguration, il s’est avéré nécessaire d’intégrer également le deuxième étage dans la conception de l’établissement. Celui-ci abrite notamment une pièce venant de la maison de Winkelried, à Stans, qui possède un plafond à caissons voûté de superbe facture.

Salle 56. Salle des costumes

Quelques années seulement après avoir ouvert ses portes, le Musée national se retrouve à l’étroit dans ses murs. On décide alors de transformer les espaces du deuxième étage destinés à accueillir l’appartement de fonction du directeur en salles d’exposition. On y installe des vitrines cintrées, derrière lesquelles on peut admirer les costumes en vogue aux siècles passés ainsi que quelques tableaux de la famille Tschudi de Glaris, datant du XVIIIe siècle.

Salle 43. Lochmannsaal

De retour au premier étage, le visiteur se retrouve dans une salle baroque au luxe ostentatoire, qui provient de la Lochmannhaus, à Zurich. Le plafond est ornementé de peintures représentant des scènes de la mythologie antique. Juste au-dessous, on peut admirer une galerie de 57 portraits de la famille royale française, d’éminents hommes d’État et de chefs de guerre de l’époque. Les tables avec des plans-reliefs du XVIIIe siècle présentent des projets de fortification de la ville de Zurich.

Salle 46. Vitrine des verreries

Plusieurs salles « mixtes » font la transition entre les pièces historiques et la salle d’armes. On y admire des vitrines abritant de nombreux objets en verre et en faïence, serrés les uns contre les autres.

Salle 48. Collection de céramiques

La collection de céramiques est répartie entre différents cabinets. Le visiteur est impressionné par la densité des célèbres faïences de Winterthur, qui vont du sol au plafond, même si l’on ne peut pas parler de plafond au sens propre du terme, les panneaux des cabinets n’étant pas fixés au mur.

Salle 50. Salle d’armes

Après avoir traversé plusieurs salles de taille plus modeste, on aboutit dans la gigantesque salle d’armes de 700 mètres carrés, haute de 16 mètres. Véritable point d’orgue du parcours, cette pièce conclut la visite en apothéose. L’architecture imite une cathédrale néo-gothique, avec un florilège d’armures, de bannières, de trophées et d’armes datant des XVe et XVIe siècles, sans doute « la période la plus glorieuse de l’histoire politique de la Confédération ». En pénétrant dans cette salle d’honneur, le visiteur saisi d’émotion doit être impressionné par la valeureuse histoire de son petit pays.

Les premiers films tournés au Musée national datent des années 1930. Ils proviennent de la succession de Gustave Preiss (1881-1963).

Les 120 ans du Musée national Zurich

Le Musée national suisse a ouvert ses portes le 25 juillet 1898 à Zurich. À l’occasion de cet anniversaire, nous revenons pendant une semaine sur des épisodes marquants de ces 120 ans d’histoire.

Lundi:
Défilé inaugural
Les festivités qui durent trois jours, culminent l’après-midi du 25 juin 1898 par un défilé en grande pompe dans la vieille ville de Zurich.

Mardi:
Visite
L’aménagement spectaculaire des salles d’exposition suscitait vers 1900 l’enthousiasme du public qui venait visiter le nouveau Musée national

Mercredi:
Cartes postales
Symbole de la ville de Zurich, le Musée national était un motif très volontiers représenté sur les cartes postales. Des millions de cartes où il figure ont été envoyées.

Jeudi:
Dans les coulisses
Regard dans les bureaux, les ateliers et les collections du Musée national dans les années 1970.

Vendredi:
Élargissement
Un agrandissement du Musée national est déjà envisagé lors de son inauguration en 1898. Il faudra attendre 118 ans pour qu’il devienne réalité.

Fabian Müller
Historien et collaborateur de la photothèque du Musée national suisse

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