Masque romain d’un barbare mourant représenté selon une vue de trois-quarts. Trouvé à Avenches, dans le canton de Vaud. Photo: Musée national suisse

L’ascension fulgurante d’un petit village de province

Le petit village d’Aventicum est devenu une colonie romaine en très peu de temps grâce aux souvenirs d’enfance de l’empereur Vespasien.

Aventia était une divinité celtique des eaux dont un ruisseau de la plaine de la Broye portait le nom. Mais comme tant d’autres, cette histoire est tombée dans l’oubli, telle l’eau du fleuve qui disparaît en se jetant dans la mer. La région située au sud du lac de Morat a tout d’abord été habitée par des Helvètes. Ceux-ci s’installaient souvent sur une colline aisément défendable. À l’inverse, les Romains préféraient construire des villes orthogonales sur des surfaces planes. Aventicum était une ville de ce genre, ou plus exactement un petit village.

La population de ce petit village, fondé vers l’an zéro et constitué de maisons en bois, était composée en grande partie de Rauraques, d’Helvètes, de Rhètes et d’autres tribus, les romains étant naturellement minoritaires, comme dans les autres régions situées hors de l’Italie. La cohésion de cette société multiculturelle reposait sur une administration, une jurisprudence, une monnaie et une langue officielle. Mais 70 ans après sa fondation, Aventicum connut une transformation fulgurante. Ce coin perdu (en d’autres termes: très éloigné de Rome) fut élevé au rang de colonie romaine et se développa jusqu’à devenir le centre politique du Plateau, le berceau des Helvètes. À son apogée, à savoir vers 200 apr. J.-C., Aventicum comptait environ 20 000 habitants.

Situé dans le canton de Vaud, Avenches est un site archéologique d’une grande richesse en termes de vestiges romains. En 1972, des archéologues y ont mis à jour une mosaïque. Photo: Musée national suisse / ASL

Que s’était-il passé? Le suicide de l’empereur Néron avait déclenché une lutte de pouvoir et c’est finalement Vespasien qui s’était imposé pendant cette «année des quatre empereurs». Celui-ci avait passé une partie de son enfance à Aventicum, il connaissait la région et avait gardé en mémoire le souvenir des très riches heures passées dans la plaine de la Broye.

Vespasien était un jeune homme éveillé, même s’il s’était endormi lors d’un des horribles concerts de Néron! Le nouveau maître de Rome combla le déficit de l’État en créant entre autres un «impôt sur l’urine»: celui qui voulait accéder aux toilettes publiques devait d’abord verser une obole. Son fils Titus aurait protesté contre cette manière de faire entrer de l’argent dans les caisses de l’État, de sorte que Vespasien lui aurait mis une pièce sous le nez et lui aurait dit «pecunia non olet»: l’argent n’a pas d’odeur. Une phrase qui, bien des années après, a gardé tout son sens en Suisse.

Une fresque historique en 100 épisodes

Benedikt Meyer
Benedikt Meyer est historien et chroniqueur. Il écrit entre autres pour le magazine de voyage Transhelvetica.

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