
Des Suisses à la recherche de créatures de légende
Que peut-il y avoir de commun entre un orphelin lucernois et un géologue romand? La fascination pour les créatures mystérieuses. René Dahinden et François de Loys se sont tous deux illustrés dans le domaine de la cryptozoologie.
De la Suisse au Canada en passant par la Suède
Le jeune homme parcourt l’Europe et pratique les métiers les plus divers. En 1952, il rencontre en Suède sa future femme, Wanja Twan. Quelques mois plus tard, René décide d’émigrer au Canada, où il commence par travailler dans une ferme près de Calgary. C’est là qu’il découvre la légende du yéti et qu’il entend parler de créatures semblables en Colombie britannique. Ces histoires éveillent sa curiosité: toute sa vie, il montrera la même passion pour le Bigfoot, ou Sasquatch – nom donné au yéti canadien.
Expédition au Vénézuéla
En 1920, pendant une expédition dans la zone reculée du Río Tarra, François de Loys tomba selon ses dires sur deux animaux étranges. Il raconta avoir découvert sur les rives du Río Tarra deux grands singes à poil roux. Chose remarquable, les deux animaux se déplaçaient debout. Ils s’approchèrent du campement, manifestement furieux, criant, gesticulant, et jetant leurs excréments à la tête des hommes, comme le rapporta plus tard de Loys. Les membres de l’expédition décidèrent alors de tirer sur les singes, et tuèrent la femelle.
De Loys prit ensuite une photo de la bête morte. Sur le cliché, on voit un singe mort assis sur une caisse de transport, la tête à l’expression inhabituelle calée contre un bâton pour maintenir le corps debout. L’image de l’Ameranthropoides Loysi alimenta bien des polémiques.
Mais de nombreux et éminents zoologues, dont le primatologue américain Philip Hershkovitz, rejetèrent résolument la découverte de de Loys. Hershkovitz, qui connaissait bien la région du Río Tarra, ne trouva aucun indice de l’existence d’un tel singe, et qualifia la découverte d’escroquerie. Il critiqua de Loys, qui n’était pour lui qu’un scientifique peu recommandable, et affirma que cette découverte ne pouvait que résulter d’une confusion avec une espèce locale connue, ou alors d’une mascarade volontaire.
Laquelle des deux histoires est vraie? On ne le saura sans doute jamais. Après son aventure au Vénézuéla, de Loys continua à travailler comme géologue et fit carrière dans l’industrie du pétrole, notamment dans la Turkish Petroleum Company. Il travailla longtemps au Proche-Orient, où il décéda en 1935 des suites d’une maladie.
Les Suisses René Dahinden et François de Loys ont marqué de leurs empreintes la cryptozoologie. Mais la figure la plus marquante a sans doute été Bernard Heuvelmans (1916-2001). Considéré comme le père de cette pseudoscience, il a légué en 1999 tous ses documents et collections au Naturéum à Lausanne, où ils sont archivés.


