
La conjuration de l’hôtel d’Erlach
Patriciens contestataires, munitions entreposées à l’hôtel de ville, vague d’arrestations et procès controversé: la conjuration de l’hôtel d’Erlach, en 1832, marqua un tournant dans l’histoire du canton de Berne.
Une redistribution des cartes politiques
Dans les années 1830, le pouvoir politique passa des communes bourgeoises aux communes municipales au sein des cantons dotés d’une constitution libérale. Les élites urbaines perdirent alors leur emprise sur la campagne. Ce fut également le cas à Berne, où des communes municipales virent le jour dans tout le canton. Les anciennes élites se battirent toutefois pour le maintien des communes bourgeoises, de leur pouvoir et de leur richesse. Cette division est encore en vigueur de nos jours.


Karl von Lentulus se voit confier la tâche d’acheter les fusils. Au service de la France jusqu’en 1830, ce capitaine bernois de 26 ans dispose d’une longue expérience militaire et d’un vaste réseau militaire. La dissolution des régiments suisses aux Pays-Bas et le licenciement des troupes au service de la France après la révolution de juillet avaient laissé de nombreux soldats sans emploi. À l’été 1832, von Lentulus commence à organiser des rassemblements au cours desquels l’on recrute activement pour la nouvelle garde patricienne. Le canton de Berne semble se diriger tout droit vers une guerre civile.
Le secret est rapidement éventé. Très bientôt, des rumeurs dans les rues de Berne font état de préparatifs d’un coup d’État à l’hôtel d’Erlach. On dit que la commission dispose de soldats, de fusils et de canons parés à l’action. Fin août, le gouvernement cantonal n’a plus d’autre choix que d’intervenir: 200 volontaires sont recrutés en urgence et dépêchés en ville de Berne. D’autres troupes, équipées de canons, sont transférées à Berthoud, Bienne, Thoune et Interlaken. Des arrestations ont lieu dans tout le canton: entre les recruteurs et les recrutés, près de 300 personnes sont emprisonnées.
Un mandat d’arrêt est également lancé contre Karl von Lentulus, mais celui-ci parvient à fuir à l’étranger. Pendant ce temps, en ville de Berne, un détachement de carabiniers est chargé de fouiller l’hôtel d’Erlach. Selon le compte-rendu de l’officier en charge, les munitions auraient été retrouvées dans le mur latéral, du côté de la porte de Bubenberg. Les membres de la commission des Sept sont arrêtés le 3 septembre 1832 et accusés de haute trahison.
Une séparation des pouvoirs mise à mal
Les investigations s’étalent sur plusieurs mois, permettant au gouvernement de nommer des personnes de confiance à la Cour suprême. Un premier jugement rendu en 1837 n’est pas exécuté, car considéré comme trop clément. Ce n’est qu’en décembre 1839 que la Cour suprême rend son jugement définitif: 86 personnes sont libérées, 207 écopent d’amendes ou de peines pouvant atteindre dix ans de prison. Six membres de la commission des Sept sont encore en vie. Emanuel von Fischer et Karl Tscharner sont condamnés à deux ans d’emprisonnement, les autres à un an. Le château de Thorberg est transformé en prison pour accueillir ces détenus de marque. L’hébergement et la nourriture sont à leur charge.
La conjuration de l’hôtel d’Erlach brisa définitivement l’influence du patriciat dans le canton de Berne et ouvrit la voie à un système politique plus démocratique. Elle influença également les mouvements de réforme dans d’autres cantons.


