
Ma grand-mère était nazie
J’ai appris tard que ma grand-mère, que je n’ai jamais connue, était une national-socialiste convaincue. Après avoir lu des centaines de ses lettres, j’ai constaté avec effroi qu’elle s’est rendue coupable de bien des fautes.
Je regrette de ne pas avoir connu ma grand-mère allemande. Elle est décédée en décembre 1945 à Saint-Blaise, près de la Forêt-Noire et de la frontière suisse. Près de son lit de mort, plusieurs mois après la fin de la guerre, se trouvait à la place de la Bible le livre Mein Kampf de Hitler.
Maladie et misère
Ma grand-mère a ignoré, méprisé, exclu, expulsé et probablement dénoncé de nombreuses personnes, dont nombre étaient ses concitoyens. Tout au long de sa vie, elle n’a jamais reconnu le tort qu’elle a causé. Suis-je autorisée à ressentir de la compassion pour cette femme qui se revendiquait national-socialiste? Elle qui, comme en témoignent clairement ses lettres, a parfois souffert de sa condition de femme, mère et épouse moderne. Elle a commis une terrible erreur sur le plan politique et idéologique, cela est indéniable. Elle était pleine d’énergie, peut-être était-elle aussi affectueuse. Ses lettres témoignent d’une grande lucidité et d’une bonne maîtrise de la langue. Moi, sa petite-fille, je me sens proche d’elle à bien des égards. Je ne peux pas affirmer avec certitude que j’aurais mieux agi à sa place. C’est déconcertant.


