Dois-je payer ou pas? Tel fut longtemps le dilemme des expéditeurs de courrier. Illustration de Marco Heer.
Dois-je payer ou pas? Tel fut longtemps le dilemme des expéditeurs de courrier. Illustration de Marco Heer.

La contro­verse des timbres-poste

En Suisse, les premiers timbres nationaux ont été émis en 1850. Pendant longtemps, ils n’ont pas été utilisés par tout le monde. Et ce encore pour une question d’argent...

Andrej Abplanalp

Andrej Abplanalp

Historien et chef de la communication du Musée national suisse.

En mars 1843, les premiers timbres-poste apparaissent en Suisse dans la région de Zurich. Ils étaient libellés en deux valeurs: 4 centimes pour des envois dans la ville de Zurich et 6 centimes dans tout le reste du canton. Précurseur et modèle du timbre zurichois, le timbre nommé «One Penny Black» est émis en Angleterre, premier pays qui, dès 1840, affranchit les courriers par timbres-poste.
Les premiers timbres-poste de Suisse ont été émis en 1843 à Zurich.
Les premiers timbres-poste de Suisse ont été émis en 1843 à Zurich. Wikimedia
Avec la création de l’État fédéral en 1848, l’administration cantonale de la poste passa entre les mains de la Confédération. Après une phase de transition d’environ deux ans, les premiers timbres nationaux collés sur des enveloppes furent envoyés en 1850 à travers tout le pays. Jusqu’ici, pas de controverse. Mais une question cruciale restait en suspens: qui paie, au final? L’heureux destinataire du message? Ou bien le vaillant expéditeur qui s’était déjà donné de la peine à écrire et avait investi tant de temps à chercher mots et phrases? Mais nous en reparlerons plus tard...
Timbres-poste locaux de 1850 d’une valeur d’un demi-centime. Ils permettaient les envois à l’intérieur d’une commune.
Timbres-poste locaux de 1850 d’une valeur d’un demi-centime. Ils permettaient les envois à l’intérieur d’une commune. Collection du Musée de la communication
L’affranchissement fut introduit et réglementé par la directive du 9 septembre 1850. Désormais, seuls les timbres-poste permettaient de payer le port des lettres. Auparavant, pour tous les types d’envois, le port n’était pas seulement difficile mais aussi onéreux. Un messager transportait le courrier et c’est l’expéditeur qui le payait en fonction de la distance parcourue et de la nature du bien transporté. Au XVIIe siècle furent établies les premières liaisons postales permanentes notamment entre les gros bourgs ou les villes. Pour ceux qui habitaient en marge des grands centres, ce service postal était difficile d’accès et cher.
Directive d’introduction de l’affranchissement de septembre 1850.
Directive d’introduction de l’affranchissement de septembre 1850. Archives fédérales suisses
Ce qui nous ramène à la question des frais de port. Si de nombreuses personnes au XIXe siècle étaient d’avis que les envois postaux devaient être à la charge des destinataires, ces derniers ne le voyaient généralement pas ainsi. Dans ces cas-là, l’envoi était retourné à l’expéditeur, ce qui constituait un surcoût pour la Poste. En 1862, elle introduisit un tarif majoré pour les envois non affranchis: «Les tarifs postaux des lettres simples jusqu’à 10 g dans toute la Suisse sont de 10 centimes pour les lettres affranchies, de 15 centimes pour les non affranchies.» Pour les envois locaux nécessitant deux heures de transport maximum, le tarif, avec ou sans affranchissement, restait de 5 centimes. Il s’agissait là d’une erreur déjà relevée par la Poste dans son rapport de gestion de 1863: «Il aurait été souhaitable de rendre obligatoire l’affranchissement pour toutes les lettres de manière uniforme [...] en introduisant un tarif majoré unique obligatoire.»
Extrait du rapport de gestion de la Poste de 1862.
Extrait du rapport de gestion de la Poste de 1862. PTT Archives
Certes, le nombre de lettres non affranchies s’était établi à 32% en 1863. Les contrôles étaient toutefois longs et compliqués, rendant finalement le gain moins profitable. En 1876, la part des envois non affranchis était de 6%. Et pour ramener à la raison les incorrigibles, le tarif majoré fut cette année-là ajusté; son montant fixe de 5 centimes fut remplacé par des frais de port s’élevant au double du coût de transport. Ce qui mit tout le monde d’accord.
Des facteurs vers 1900.
Des facteurs vers 1900. Musée national suisse
Malgré tout, il fallut encore quelques années avant que l’affranchissement par des timbres-poste soit largement adopté par la population et que les facteurs puissent enfin se concentrer sur leur activité principale: distribuer le courrier.

La première fois…

Il y a une première fois à tout. Cette série met à l’honneur les premières historiques de la Suisse et aborde des thèmes aussi variés que les premiers passages piétons et la toute première initiative populaire. Les articles sont rédigés en collaboration avec les Archives fédérales suisses.

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