
Le tyran de Cartigny
Au XVIIIème siècle, certaines régions rurales autour de la ville de Genève se trouvaient sous la double souveraineté de Genève protestante et de la Savoie catholique. L'infatigable gentilhomme Pierre de La Grave a profité de l'ambiguïté des responsabilités pour terroriser ses voisins.
Dans les campagnes environnantes dominées par les châtelains de la Seigneurie, paysans et métayers subsistaient au gré de la protection de l’austère cité. Mais s’ils n’avaient plus à craindre les chevauchées meurtrières des partisans du duc de Savoie comme leurs ancêtres un siècle plus tôt, certains étaient toutefois encore soumis à l’autorité vindicative de fervents catholiques rêvant de leurs prérogatives passées. Tel était le cas des gens de la campagne aux environs de Laconnex. Le traité de Lausanne de 1564 avait en effet placé le village de Laconnex sous la double souveraineté de Genève et de la Savoie, et sur ces terres partagées demeuraient de nombreuses familles catholiques dont certaines appartenaient à la petite noblesse des champs, comme les de la Grave, les de Rougemont ou les Mestral. A cette souveraineté bicéphale aux droits entremêlés répondaient bien entendu de multiples ambiguïtés religieuses, d’autant plus dangereuses qu’à la fin du XVIe siècle la Seigneurie de Genève avait été en proie à une guerre larvée contre les ducs de Savoie qui s’était terminée en conflit ouvert. La maison forte des seigneurs catholiques de la Grave qui avait été partiellement détruite par les protestants de Cartigny en 1564, l’année même du traité de Lausanne, avait ainsi été rasée par les Bernois en 1590 qui ne laissèrent debout que son enceinte. La demeure ancestrale des de la Grave, dans le hameau de Champlong, avait non seulement été détruite, mais le symbole de leur pouvoir avait encore été annihilé, suscitant au sein de la famille une rancœur qui ne se démentirait pas durant plus d’un siècle.


