
Charles Dickens, un talent caché pour l’hypnose
L’auteur du conte «Christmas Carol» et du roman «Olivier Twist» était aussi un fervent adepte du magnétisme animal, ou mesmérisme. Il administra notamment ses «soins» à la femme d’un banquier suisse.
Si Augusta de la Rüe était vue comme l’épouse parfaite du riche banquier, elle souffrait en réalité d’insomnies, de maux de tête et de spasmes étranges. À cela s’ajoutait sa crainte d’un être surnaturel, qu’elle nommait «Le Fantôme» et qui, selon ses dires, lui apparaissait régulièrement.
À cette époque, Charles Dickens, en plus d’être un écrivain notoire, s’adonnait à cœur joie au mesmérisme. Convaincu que les techniques qu’il pratiquait pouvaient aider Augusta, il lui proposa ses services. L’écrivain s’intéressait alors depuis plusieurs années à cette variante particulièrement controversée de l’une des premières formes d’hypnose. Il était l’élève enthousiaste du professeur de médecine John Elliotson, qui défendait envers et contre tous le mesmérisme, auquel il attribuait une grande efficacité.
Le traitement s’apparentait de plus en plus à des séances entre un thérapeute et une patiente. Il est difficile, du haut de notre XXIe siècle, de déterminer dans quelle mesure le mesmérisme pratiqué sur Augusta de la Rüe améliorait réellement son bien-être. Peut-être que les entretiens suffisaient à eux seuls à rétablir quelque peu son équilibre mental. Dans une lettre adressée à Émile de la Rüe, Charles Dickens se montre impressionné par l’affection que l’époux porte à sa femme: «... jamais je n’ai eu le moindre doute quant à la réelle profondeur, à l’intensité et au sérieux de votre dévouement à Madame de la Rüe, ou à la veillée affectueuse et assidue que vous avez assurée auprès d’elle dans toutes ses souffrances. Croyez-moi, j’admire et ressens votre ténacité face à une telle épreuve...»
Mesmérisme
Franz Anton Mesmer (1734-1815) développa le «magnétisme animal» durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il avança la théorie qu’une influence extérieure agissait sur les fluides corporels du sujet, influence qu’il exerçait lui-même par la suggestion et la transmission de son énergie corporelle. Ses méthodes thérapeutiques faisaient, et font encore, l’objet de nombreuses controverses au sein de la communauté scientifique.


La trêve qui s’ensuivit pour la famille de la Rüe fut de bien courte durée. En avril 1849, la ville fut secouée par un soulèvement de plusieurs jours: les citoyens de Gênes se révoltèrent contre le royaume de Sardaigne. La ville fut bombardée sans interruption durant de longues heures. Tandis que la plupart des étrangers quittèrent la cité par la mer, les de la Rüe se réfugièrent à Sampierdarena, un quartier génois qui constituait alors une commune autonome.
Émile de la Rüe succomba à la variole en 1870 alors qu’il revenait d’un voyage à Venise. Charles Dickens décéda la même année des suites d’une attaque. Quant à Augusta, elle leur survécut 17 ans.


