
L’exécution d’Ernst S.
Le 10 novembre 1942, dans un bosquet en Suisse orientale, le Saint-Gallois Ernst Schrämli est exécuté après avoir été condamné à mort pour espionnage. Son crime: avoir passé du matériel de guerre et des informations à un agent allemand.
Ernst Schrämli fut arrêté début janvier 1942 sur la base des déclarations de son voisin de chambre, puis inculpé pour «violation de secrets militaires». L’acte d’accusation documenta minutieusement toutes ses transgressions.
S’il n’était pas un parangon de vertu, Ernst Schrämli n’était pas non plus un «individu méprisable» comme l’affirme une lettre envoyée par sa commune d’origine, Hettlingen (ZH). En août et en septembre 1936, ainsi que de janvier à juin 1937, il avait effectué un service volontaire à l’Alpe Cadonigo (Prato) et à Carona au Tessin. Schrämli y était décrit comme un «garçon travailleur et volontaire» dont on était «satisfait de la conduite». Quelque peu instable, ce «beau gaillard» issu d’un milieu pauvre était un «joyeux drille» qui manquait d’encouragement, et dont les fréquentations étaient souvent douteuses.
Ernst Schrämli fut condamné à mort en octobre 1942 après le rejet de son recours en grâce par l’Assemblée fédérale à 176 voix contre 36. Son exécution eut lieu vers minuit le 10 novembre 1942, dans un bosquet appelé Flurhof, «à proximité du point 6633», entre Oberuzwil et Jonschwil.
On dispose de plusieurs descriptions des événements qui suivirent. Selon des documents officiels, l’aumônier militaire avait été chargé d’«informer la famille immédiatement après l’exécution, à une heure convenable de la journée». La dépouille fut transférée dans un cercueil à l’hôpital cantonal de Saint-Gall, où l’on réalisa une autopsie. L’inhumation eut lieu plus tard, «sur ordre de l’aumônier militaire». La nièce d’Ernst Schrämli m’a confié qu’étant donné qu’un «traître à la patrie» n’avait droit ni à une croix ni à une pierre tombale, on finit par l’enterrer dans une tombe anonyme au cimetière Feldli de Saint-Gall.
La peine de mort prononcée contre Ernst Schrämli divisait déjà l’opinion publique au lendemain de son exécution. Par peur des Allemands, par haine des nazis et de leurs sympathisants en Suisse, par crainte d’Hitler, certains disaient: «Ça n’est que justice, Ernst est un traître à la patrie, les gens comme lui méritent de finir contre un mur». D’autres étaient cependant convaincus que l’on avait voulu faire de lui «un exemple». August Schmid, l’agent allemand, eut la vie sauve après de longues années de détention en Suisse. De par son statut d’étranger, il ne pouvait être condamné à mort.
LANDESVERRÄTER
Le drame historique LANDESVERRÄTER («TRAÎTRE À LA PATRIE») sera diffusé dans les salles suisses à partir du 24 octobre 2024. Il est basé sur les événements entourant la condamnation d’Ernst Schrämli, premier des 17 traîtres à la patrie de l’histoire suisse à être exécuté.


