
Adolf Walter, industriel et traître à la patrie
En 1939, Adolf Walter échappa à la justice suisse en s’enfuyant vers le Reich allemand. De retour en Suisse, il fut condamné pour trahison. Sa peine d’emprisonnement purgée, il réussit sa réinsertion dans la société en qualité d’entrepreneur.
Né en 1914, Adolf Walter était l’un des 41 hommes inculpés dans le cadre du grand procès pour trahison organisé à Zurich en avril 1948 contre Franz Burri et ses coaccusés. Franz Burri, qui avait milité en faveur du rattachement de la Suisse au Troisième Reich, fut condamné à 20 ans de réclusion. De nombreux autres accusés furent eux aussi condamnés à des peines de plusieurs années d’emprisonnement.
De multiples condamnations
Walter vécut à Stuttgart jusqu’à peu avant la fin de la guerre; il épousa une Allemande avec qui il eut un fils. Il travailla dans plusieurs fabriques d’outillages et, selon ses propres déclarations devant le tribunal, aurait fait partie d’un service de renseignement du Reich. Il refusa néanmoins de fournir davantage de précisions à ce sujet. Un témoin écrira aux autorités suisses en 1946 pour leur signaler qu’Adolf Walter avait apporté un soutien financier à la SS. En 1940, il intégra le Bund Schweizer in Grossdeutschland («Union des Suisses pour la Grande Allemagne», BSG) et dirigea à Stuttgart un groupe sportif paramilitaire, ou «section de combat» (Kampfstaffel). Walter possédait une certaine expérience dans ce domaine, puisqu’à Soleure, il avait déjà organisé les programmes des marches dominicales de la section locale du BTE en qualité de directeur sportif.
Querelle avec le SS Benno Schäppi
Dès l’été 1943, il adhéra au Nationalsozialistische Schweizerbund («Union national-socialiste suisse», NSSB) dirigé par Franz Burri. Nommé responsable de la section locale de Stuttgart, il la restructura, fit la promotion du NSSB et organisa des rassemblements. Dans son jugement, la cour pénale fédérale conclura plus tard qu’Adolf Walter adhérait clairement à l’objectif du NSSB: le rattachement de la Suisse au Reich d’Hitler.
Les frères Walter, partisans des nazis
Adolf et Willy Walter poursuivirent pourtant imperturbablement le développement de leur affaire, jusqu’à ce qu’Adolf soit contraint de purger sa peine de deux ans de réclusion à la prison de Witzwil (BE) à la suite du jugement de la cour pénale fédérale en mai 1948. En août 1949, une décision du Département fédéral de justice et police (DFJP) autorisa sa libération conditionnelle pour bonne conduite et parce que la direction de l’établissement estimait qu’il avait «changé d’attitude envers la Suisse».
Un chef d’entreprise sous tutelle
À sa demande, Adolf Walter fut libéré de sa tutelle la même année, puis de son assistance de probation. La police soleuroise, responsable de ces décisions, le décrivit comme un «citoyen paisible et discret, bien vu dans sa commune et par les autorités».
Du nazisme au radicalisme
Le dernier obstacle sur la voie du retour d’Adolf Walter à la vie civique fut levé en février 1953: la cour pénale fédérale lui restitua ses droits civiques, lui permettant alors de participer pleinement à la vie politique, économique et sociale.
Son esprit d’entreprise semble aussi avoir été étroitement associé à une grande capacité d’adaptation au contexte de la Suisse, cette démocratie libérale qu’il avait rejetée avec véhémence de nombreuses années durant. L’entreprise des frères Walter poursuivit son développement. Adolf Walter décéda en 1984.


