Les quatre cavaliers de l'apocalypse, gravure sur bois par Albrecht Dürer, vers 1496-1498.
Les quatre cavaliers de l'apocalypse, gravure sur bois par Albrecht Dürer, vers 1496-1498. Wikimedia

Les chevaliers de l’Apocalypse à Bâle

L’évêque Rodolphe a-t-il été tué par les Hongrois? N’était-ce pas plutôt les chevaliers de l’Apocalypse? Personne ne sait pas vraiment, mais les rumeurs témoignent des préoccupations d’alors.

Benedikt Meyer

Benedikt Meyer

Benedikt Meyer est historien et écrivain.

L’abbé Haito était aussi évêque de Bâle, et à ce titre, il fit construire la première cathédrale de la ville, à l’endroit où le Rhin fait un coude. Avec ses tours rondes et massives, qui s’élançaient depuis la colline du Münsterhügel, l’édifice dominait les toits de chaume de la cité environnante. Aujourd’hui, il ne reste quasiment plus rien de l’œuvre de Haito. À la place se dresse Notre-Dame de Bâle, autrement plus grande, autrement plus imposante. Sa crypte renferme cependant un sarcophage du début du Xe siècle, celui d’un successeur de Haito, portant l’inscription suivante: «Évêque Rodolphe, massacré par les païens en 917.»

Il est vrai que Rodolphe vivait à une époque troublée où les occasions de se faire tuer par les païens ne manquaient pas. D’après la variante préférée des chroniqueurs de l’époque, le meurtre de l’évêque serait le fait des Hongrois. Car au temps de Rodolphe, les Magyars déferlaient sur l’Europe, pillant tout sur leur passage et les églises n’étaient pas faites pour les arrêter. On dit qu’ils auraient vu la cathédrale de loin et compris le riche butin qui s’offrait à eux. Rodolphe se serait interposé et l’aurait payé de sa vie.

Le sarcophage de l’évêque Rodolphe dans la crypte de Notre-Dame de Bâle.
Le sarcophage de l’évêque Rodolphe dans la crypte de Notre-Dame de Bâle. Wikimedia

Rodolphe a-t-il vraiment été tué par des chevaliers hongrois qui passaient par là? Nous n’en savons rien. La vie de l’évêque nous a été rapportée par le moine et historiographe Hermann, surnommé Contractus, qui vécut un siècle plus tard sur l’île de Reichenau, où se dresse l’abbaye du même nom. En tout cas, Hermann et ses lecteurs semblaient trouver l’histoire plausible. Elle s’appuie sur des éléments réels (les Hongrois dévastèrent nombre de cités et les églises offraient un butin aussi riche que facile) et reprend des schémas présents dans d’autres récits: les Magyars ne sont pas sans rappeler les Huns ou les chevaliers de l’Apocalypse, et la mort de Rodolphe sans évoquer celle de nombreux martyrs.

Les Hongrois étaient-ils seulement à Bâle l’an 917? Y avait-il vraiment un évêque Rodolphe en l’an 917? Les ténèbres du passé ont tout enseveli. Le fait est cependant que l’histoire de Rodolphe a des allures de rumeur. Vraie ou fausse, elle témoigne des préoccupations des hommes du XIe siècle et des types de récits qui circulaient. Et c’est ainsi que, devant la tombe de Rodolphe, nous faisons une expérience souvent faite par les historiens: en nous posant une question, nous obtenons la réponse à une tout autre question.

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