Estampe de 1850: le Totensee au col du Grimsel. C’est là que l’armée zähringienne aurait été anéantie par les Valaisans.
Photo: Keystone

Courage valaisan et ruse bernoise

Notre voyage à travers l’histoire suisse se poursuit. Faisons halte au Moyen Âge pour nous intéresser cette fois-ci aux Valaisans et à leur hardiesse d’une part et aux Bernois et à leur ingéniosité de l’autre.

Comme son père Berthold IV avant lui, le duc Berthold V de Zähringen s’efforça d’étendre son pouvoir sur le territoire de l’actuelle Suisse. À l’est, il prit ainsi le contrôle de Schaffhouse et officia comme représentant du roi à Zurich. Là, où son père déjà fit vraisemblablement transformer le palais du Lindenhof en château fort, Berthold lança la construction d’une imposante enceinte. Par ailleurs, il fonda en 1191 la ville de Berne, en plein cœur de ses terres.

Mais l’avancée de Berthold n’allait pas sans lutte. Son père, déjà, avait échoué à asseoir l’influence de la famille sur le diocèse de Sion et sur le Valais. Dans ce cas précis, c’est aux ducs de Savoie que s’opposaient les Zähringen. À deux reprises, Berthold Père partit à l’assaut du Valais, en vain, et en 1211, ce fut à son fils de tenter sa chance. Fort d’une armée de 13 000 hommes, il franchit le col du Grimsel, bien décidé à s’emparer du Haut-Valais.

Son armée bouta alors le feu à Oberwald et Obergesteln. Mais les Valaisans, sous les ordres de l’évêque Landri, attendaient l’armée zähringienne près d’Ulrichen, le village suivant. Les combattants du Valais, qui à l’époque était sous l’influence de la maison de Savoie, remportèrent la bataille et les survivants de l’armée de Berthold durent fuir en direction du Grimsel. Poursuivis par les Valaisans, ils furent finalement capturés sur le col. Il y a à cet endroit un petit lac dans lequel on rapporte qu’ils furent jetés. Le lac aurait alors pris une couleur rouge sang et il fut baptisé le Totensee, en français «le lac des morts». C’est du moins ce que racontent les Valaisans jusqu’à aujourd’hui.

Carte publicitaire pour un magasin d’alimentation. Sujet: Berthold V de Zähringen. Cette carte a été fabriquée au début du XXe siècle.
Musée national suisse

La fin des Zähringen survint six ans plus tard, à la mort de Berthold. Comme il ne laissa que des filles derrière lui, personne ne fut en mesure de reprendre l’héritage familial. Ses gendres, les ducs d’Urach et de Kibourg, s’emparèrent alors d’une partie des alleux. Mais d’autres familles, comme celle des Habsbourg, virent elles aussi leur pouvoir augmenter avec la disparition de la dynastie.

À Berne, un changement étonnant se produisit après la mort de Berthold. Berne devint une ville libre et autogérée, par le truchement des plus puissantes familles locales. Ces dernières décidèrent à l’époque de détruire le château de Nydegg, niché dans la boucle de l’Aar, en contre-bas. Elles entendaient ainsi éviter qu’un autre comte ou duc puisse l’occuper ou s’autoproclamer seigneur de Berne. Mais comment éviter que quelqu’un ne bâtisse un nouveau château? En y érigeant un autre édifice! C’est ainsi que vit le jour l’église de la Nydegg sur la fameuse colline. Plutôt malin comme une idée, puisque celui qui détruit une église, va – c’est bien connu – directement en enfer...

Estampe de Berne au début du XIXe siècle. Au premier plan, l’église de Nydegg.
Musée national suisse

Une fresque historique en 100 épisodes

Benedikt Meyer
Benedikt Meyer est historien et chroniqueur. Il écrit entre autres pour le magazine de voyage Transhelvetica.

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