Goldau après l’éboulement de 1806, gravure de Johann Jacob.
Musée national suisse

Goldau sous la roche

En 1806, un terrible éboulement ensevelit le village de Goldau, fauchant hommes et animaux, rasant maisons et étables. Dans le pays, la solidarité fut grande et on vit apparaître un sentiment d’union nationale encore inconnu.

Ces temps-ci, des failles s’ouvraient dans le Rossberg, la montagne qui faisait face au village de Goldau. Les arbres étaient soudain plantés de travers et des craquements puissants se faisaient entendre lorsque, de temps en temps, le lent mouvement du sol déchirait une formidable racine. Le phénomène n’effrayait pas les bûcherons et une seule famille quitta le village, deux jours avant la catastrophe.

Le point de départ du drame remonte à la nuit des temps. Sur les contreforts alpins, vingt-cinq millions d’années plus tôt, les fleuves avaient déposé des sédiments qui s’étaient transformés en roches et que le plissement des Alpes avait positionnés de travers. Le glacier de la Reuss rabota le pied du Rossberg pendant la période glaciaire et la montagne devint une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la vallée. À Goldau, cela n’inquiétait personne. D’abord le village était situé en hauteur, de l’autre côté de la vallée, et non en contrebas du Rossberg. Ensuite, on n’avait aucune connaissance géologique et pour finir, de mémoire d’homme, la montagne n’avait jamais fait parler d’elle. Toutefois, de mémoire d’homme aussi, il n’avait jamais autant plu. 1804 avait été une année humide, 1805 aussi et 1806 se montra digne de ses consœurs. Les précipitations détachèrent les blocs de calcaire sur lesquels s’appuyait la paroi, les transformant en un conglomérat de débris. Et la roche se mit à bouger.

Feuillet commémoratif de l’éboulement de Goldau, publié en 1856.
Musée national suisse

La ligne du Saint-Gothard, à Goldau. Photographie de la fin du XIXe siècle, prise par Jean Adolphe Braun.
Musée national suisse

Les averses, violentes, se prolongèrent et dans l’après-midi du 2 septembre 1806, une énorme crevasse s’ouvrit, des blocs de pierre s’abattirent sur la forêt et peu après une paroi de 500 fois 1500 mètres carrés se détacha. Dans un bruit de fracas et de tonnerre, l’éboulement dévala la pente et, gagnant de la vitesse, remonta de l’autre côté, en direction du village de Goldau, au lieu de terminer sa course au fond de la vallée.

Aux dires des observateurs de l’époque, les blocs atteignirent une vitesse de 150 à 250 kilomètres/heure, 36 millions de mètres cubes de roche dégringolèrent dans la vallée, une vague de 20 mètres traversa le lac de Lauerz et le manteau de pierres atteignit de 30 mètres d’épaisseur. À Goldau, 457 personnes trouvèrent la mort. Quelques chiffres, dans une vaine tentative d’imaginer l’inimaginable. Il faut aller à Goldau pour se faire une idée de la catastrophe et tenter de se représenter des blocs de roche hauts comme des maisons dévaler la pente et finir leur course sur le versant opposé.

Le jour même de la tragédie, les premiers secours arrivèrent de Zoug et de Lucerne, peu après il en vint d’autres de tout le pays. Une collecte fut également organisée dans toute la Suisse. Dans son malheur, Goldau offrit pourtant une consolation: il se manifesta un sentiment d’union nationale tel que l’on en avait connu qu’une fois auparavant, suite au massacre perpétré par les Français à Stans en 1798. Les Liebesgaben, ces colis envoyés aux victimes, affluèrent de tout le pays et Johann Heinrich Pestalozzi fit le déplacement depuis Nidwald pour adopter des orphelins.

Mais revenons à Goldau. En dépit de l’élan de solidarité nationale, la reconstruction du village prit longtemps. Et l’endroit ne fit reparler de lui que lors de l’édification de la ligne de Saint-Gothard.

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Benedikt Meyer
Benedikt Meyer est historien et chroniqueur. Il écrit entre autres pour le magazine de voyage Transhelvetica.

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