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Romanche

En 1938, le peuple suisse adopte le romanche comme quatrième langue officielle. Le «oui» massif obtenu à l’issue de la votation traduit également un franc rejet du fascisme.

Benedikt Meyer

Benedikt Meyer

Benedikt Meyer est historien et écrivain.

À Andeer, Zuoz ou encore Lavin, les écoliers du canton des Grisons sonnent les cloches des églises. Un événement unique en son genre vient en effet de se produire: la Suisse a adopté une quatrième langue officielle. Plus de 90 % des votants se sont prononcés en faveur du romanche, le taux atteignant même 99 % à Genève, à l’autre bout du pays. Pourtant, cet ajout linguistique était-il le véritable enjeu de la votation?

Quelque chose couve dans les années 1930. Une ombre brune s’étend sur l’Allemagne, tandis que le ciel italien se couvre de nuages noirs. Les chemises noires fascistes sont en réalité les véritables destinataires de cette prise de position massive en faveur d’une langue qui, encore peu de temps auparavant, était considérée comme désuète et lourde. Du nord au sud, une idée fait consensus: les territoires italophones hors d’Italie doivent être réintégrés dans le pays, et le romanche est un dialecte lombard.

Du Nebelspalter à la Schweizer Illustrierte, de Radio Beromünster au Conseil fédéral: partout le romanche gagne soudain ses lettres de noblesse. La chorale mixte de Samedan, toujours en costume traditionnel, part en tournée et bénéficie du tarif réduit des CFF. L’issue du scrutin du 20 février 1938 ne traduit pas simplement la volonté majoritaire d’adopter le romanche, mais également celle de rejeter résolument le fascisme.

Quelques mois plus tard, le conseiller fédéral Philipp Etter déclare que la diversité culturelle, le respect de la dignité de l’être humain et le refus du culte de la personnalité sont des valeurs fondamentales de la Suisse et qu’elles doivent être défendues, non par l’État, mais par chaque individu. Heureusement, les valeurs de «Défense spirituelle» sont si vagues qu’il est possible pour quasiment tout un chacun (à l’exception des frontistes fascistes) de s’y rattacher. La nouvelle philosophie d’État d’Etter est inscrite dans la pierre et transposée en image dès l’année suivante, lors de l’exposition nationale du Zurich, où des liens directs sont établis entre Guillaume Tell et la volonté de se défendre face à la guerre mondiale qui se profile. Lors de la clôture de l’exposition, l’hymne national est chanté en allemand, en français, en italien et en romanche. Les Suisses cultivent alors leur image de montagnards obstinés.

Mais la guerre éclate pendant la «Landi». Les piliers du téléphérique qui relie les sites de l’exposition de part et d’autre du lac de Zurich sont démontés et utilisés pour construire des bunkers. Les années qui suivent sont marquées par le confinement et la morosité. Aujourd’hui, les bunkers ont presque totalement disparu ou sont utilisés à d’autres fins. Le romanche, lui, a survécu.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Suisses se considéraient eux-mêmes comme des montagnards obstinés.
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