
Musée national suisse / ASL
L’initiative Schwarzenbach
L’initiative du 7 juin 1970 contre la surpopulation étrangère, portée par James Schwarzenbach, reste l’une des votations les plus controversées de l’histoire suisse du XXe siècle.
Soumise aux urnes le 7 juin 1970 avec une participation record de près de 75%, l’initiative fut rejetée par le peuple avec 54% de «non». Ce qui implique que 46% des votants (encore principalement des hommes à l’époque) se prononcèrent en sa faveur. Or, personne ne s’attendait à un tel résultat pour un projet rejeté par l’ensemble des partis, les organisations patronales, les syndicats et même les églises. L’initiative reçut malgré tout de nombreux soutiens, notamment de travailleurs proches du Parti socialiste et des syndicats mais qui craignaient que les étrangers leur prennent leur travail. La campagne donna lieu à beaucoup de polémiques, les initiateurs considérant entre autres que les valeurs suisses étaient menacées. L’initiative lancée en 1968 suscita la crainte, voire la terreur parmi les travailleurs étrangers. Dans son ouvrage Jagt sie weg, le journaliste italien Concetto Vecchio décrit l’atmosphère régnant alors dans la vie de ses parents, qui rappelaient à l’ordre leur progéniture en menaçant: «Sinon Schwarzenbach viendra…».
Nationaliste, catholique, éditeur
La votation de 1970 fut la première sur le thème de la «surpopulation étrangère», même si une initiative similaire avait été retirée en 1968. James Schwarzenbach eut beau essuyer un échec dans les urnes en 1970, le sujet entra dans la vie politique suisse… pour ne plus en sortir. Aujourd’hui encore, le souhait de limiter le nombre d’étrangers revient régulièrement sur le devant de la scène. Une série d’initiatives comparables ont été repoussées par la population. Le malaise suscité par l’immigration fut toutefois l’une des raisons du rejet de l’adhésion de la Suisse à l’Espace économique européen (EEE) le 6 décembre 1992, à une très courte majorité de 50,3% des voix.
L’industrialisation, facteur de hausse de la population étrangère
L’expression imagée d’Überfremdung (traduite par «surpopulation étrangère» ou «emprise étrangère») fit sa première apparition en 1900 dans une brochure de Carl Alfred Schmid, secrétaire des pauvres zurichois. Si la Suisse pratiquait jusqu’en 1914 une politique d’immigration relativement libérale, elle commença alors à resserrer la vis, avançant de manière récurrente l’argument d’une identité culturelle helvétique menacée. Dans ce contexte fut créée la police des étrangers en 1917, chargée de contrôler et de surveiller les ressortissants étrangers. D’autres voix se firent entendre également, comme celle de l’écrivain Max Frisch, qui déclara en 1965 dans un célèbre essai: «Nous avions demandé des bras, ce sont des hommes qui sont venus.» La presse italienne critiqua aussi les conditions inhumaines d’accueil des saisonniers, logés en périphérie des villes suisses dans des baraquements surpeuplés aux loyers excessifs.


