
Duel au Conseil national
Les parlements sont parfois le théâtre d’attaques verbales, voire physiques. Ce n’est pas le cas en Suisse. Dans notre pays, le respect mutuel et la volonté de trouver un compromis sont maîtres. Mais il n’en a pas toujours été ainsi, comme le montre cet exemple datant de 1848.
Le 29 novembre, les deux belligérants ont croisé le fer. Selon l’Eidgenössische Zeitung, le combat de sabre a eu lieu sur le terrain d’exercice de la caserne de la cavalerie. «Il avait été convenu que le duel cesserait à la première goutte de sang versée», rapporte le journal le 3 décembre 1848. Rudolf Benz, blessé à la main lors de l’affrontement, a tout de même pu rentrer chez lui le jour même en calèche.


Il était très courant de se battre en duel au XIXe siècle; c’était – pour caricaturer – le moyen pour les hommes de recouvrer un honneur blessé. Dans les milieux militaires et nobles, on avait rapidement recours aux armes pour obtenir «réparation». Même dans les universités, les pistolets et les sabres étaient monnaie courante. Il a fallu attendre 1937 pour que le premier code pénal suisse interdise au niveau national ce type de duel.
Bien qu’ils se soient côtoyés pendant des années au Conseil national, Giacomo Luvini et Rudolf Benz n’étaient plus des amis proches. Fait anecdotique: Rudolf Benz est l’auteur du code pénal pour le canton de Zurich, publié en 1871. Alors même qu’il a affronté Giacomo Luvini en 1848, il a érigé le duel en infraction pénale: «Le duel est passible d’une peine d’emprisonnement de deux mois au plus, assortie d’une amende, tant pour l’initiateur du duel que son adversaire, quelle que soit la blessure corporelle en résultant.»
Une seule question subsiste: avec quelle main Rudolf Benz a-t-il rédigé cet article de loi?


