
Café et chinoiseries, coton et géraniums
Une exposition, un livre et un projet de recherche étudient l’arrivée de «l’exotisme» en Suisse, et de l’exotisme de la Suisse elle-même.
Ainsi, «l’exotisme», géographique comme culturel, dépend du lieu où l’on se trouve. Quelles implications pour la Suisse? C’est ce que tente de déterminer l’exposition Exotic Switzerland? qui se tient au Palais de Rumine à Lausanne. La question résume le projet de recherche du Fonds national suisse à l’origine de la manifestation. Noémie Etienne et son équipe ont visité les collections et musées de Suisse, parmi lesquels le Musée national, passé systématiquement archives et bibliothèques au peigne fin, en quête de différentes traces de l’exotisme, du XVIIe au début du XIXe siècle. La période correspond à peu près au siècle des Lumières. Elle se caractérise par une curiosité scientifique croissante, aiguillonnée par la découverte et parfois la conquête de nouvelles parties du globe. Mais les bibelots et documents ramenés des voyages dans ces contrées ne sont pas uniquement des objets d’études. Ils constituent également de prestigieux trophées.
Dans une première salle, une assiette colorée et surdimensionnée sert de support à ces trouvailles. Animaux empaillés, manteaux de soie chinois, masques africains, échantillons de pierres sont autant de curiosités que l’on trouve au menu, ramenées jadis dans les valises d’aventuriers, d’explorateurs, de commerçants, de diplomates et de savants suisses.
L’«exotisme» de notre pays se manifeste d’autres manières, comme en atteste l’installation audio qui accueille le visiteur. Celle-ci nous pose des questions dans les 28 langues parlées en Suisse: «Que reste-t-il de nos voyages?», «Suis-je exotique?», «Qui maîtrisons-nous?». Des questions qui lèvent le voile sur différents aspects de l’exotisme.
Peu à peu, on se rend compte que l’exotisme est finalement une construction qui aurait partie liée avec l’importation et l’exportation d’objets et d’idées. Dans notre pays, toutes deux ont une longue histoire. Raison pour laquelle une chronologie a été prévue pour orienter le visiteur. Elle rappelle les grandes étapes de la formation de l’identité spécifiquement suisse, constituée autour de la séparation d’avec les autres. Au début de ce processus au long cours, il y avait la «neutralité armée», imposée à la Confédération de l’époque par la «Paix de Westphalie», en 1648. Par la suite, les Suisses participèrent régulièrement aux diverses expéditions scientifiques des puissances européennes, puis à leurs conquêtes coloniales. Mais toujours, comme convenu, en qualité d’acteurs «neutres», un statut qui se révélera bientôt être un atout.


Les autres utilisations des objets exotiques rapportés en Suisse sont tout aussi fascinantes, à l'image des laques asiatiques. Ces dernières furent intégrées dans des meubles de facture locale pour leur conférer une touche d’exotisme. Parallèlement, l’artisanat suisse s’appropria les techniques venues d’autres pays.



