
L’odyssée suisse d’un mémorial
En 1996, le sculpteur Schang Hutter, décédé en 2021, crée Shoah, un mémorial dénonçant l’Holocauste. Deux ans plus tard, sa sculpture entame un voyage houleux à travers la Suisse entraînant dans son sillage de virulentes critiques.
La sculpture suscite aussi des discussions sur «l’insupportable arrogance de la politique et sa fâcheuse tendance à instrumentaliser l’art» ou sur la détestable prétention d’en faire un mémorial au nom du peuple juif. Certains estiment même que «les cadavres des victimes des camps de concentration sont une manière simpliste de dénoncer en jouant sur le sentimentalisme populaire», tandis que d’autres déposent des gerbes de fleurs sur le cube. On entend aussi répéter sans cesse que la vraie place pour cette sculpture n’est ni Berne ni Zurich, «mais devant le Bundestag à Bonn», à Berlin ou à Vienne, car «en Suisse, aucun crime contre l’humanité ni crime de guerre n’a été perpétré».
Jusqu’à ici, la sculpture semblait avoir trouvé le repos devant l’École cantonale de Soleure. Mais avec l’exposition Anne Frank, le cube a retrouvé le chemin de Zurich et actuellement de Schwyz, où elle a été installée temporairement devant le Musée national; et ce tout juste un quart de siècle après son incroyable odyssée à travers la Suisse où elle avait tant ému et échauffé les esprits.


