Qui est la plus belle? Les concours de Miss tentent depuis toujours de fournir une réponse à cette question. Comme sur cette photo prise en Suisse pendant les années 1950.
Musée national suisse/ASL

La beauté dans tous ses états

L’idéal esthétique en vigueur influence toute la société. Un regard sur le passé nous montre qu’il ne s’agit pas d’un phénomène propre au XXIe siècle.

C’est l’été, vive la plage! Quoi de plus agréable que de plonger dans l’eau quand il fait chaud? Que vous soyez piscine, fleuve ou lac, un week-end réussi comprend toujours une pause baignade rafraîchissante. Mais l’été, c’est aussi le moment où l’on se scrute, où l’on se compare, où l’on renonce aussi, car en maillot de bain, impossible de dissimuler. Certains préfèrent alors rester chez eux et se rafraîchir dans leur baignoire. D’autres, ceux qui s’étudient, se demandent toujours tôt ou tard si leur corps répond aux canons de beauté de la société. Aujourd’hui, l’idéal esthétique est omniprésent et dicte ses codes à peu près autant aux hommes qu’aux femmes.

L’homme «parfait» du XXIe siècle se veut grand, sportif et exhibe volontiers ses abdominaux en forme de tablette de chocolat en été. Mais ce n’est pas un adepte du culturisme que sa musculature hypertrophiée ferait paraître lourdaud lors la promenade en soirée au bord du lac. Athlétique oui, mais avec bon goût s’il vous plaît. La femme «parfaite», elle, est tout à la fois: grande, mince, musclée et féminine. Les cheveux doivent être longs, et les pommettes hautes si possible. Si l’heureuse élue est en plus photogénique, elle peut songer à embrasser une carrière de mannequin.

Sommes-nous devenus esclaves de notre apparence? Sans doute. Toutefois la responsabilité nous en incombe, car la beauté, c’est avant tout la résultante d’un consensus social, qui a tout à voir avec les sujets qui préoccupent une société.

Après la Seconde Guerre mondiale, voyager dans des pays lointains et avoir une peau hâlée sont considérés comme le summum du chic. Ils témoignent de la prospérité naissante.
Musée national suisse

L’idÉal esthétique, reflet du statut social

Prenons l’exemple de l’idéal de beauté de l’après-guerre. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, et avec l’essor de l’économie, voyager dans des pays lointains était un must aux yeux de la majorité de la société. Il fallait afficher un bronzage parfait. Cela permettait aussi de montrer à ceux qui n’étaient pas partis que l’on avait fait un voyage. Le hâle tenait alors lieu de statut social. Ce critère de beauté s’est si bien établi que la poupée Barbie s’est vue dotée d’un teint de pêche à partir des années 1970. À l’inverse, aux XVIIe et XVIIIe siècles, le nec plus ultra était d’avoir la peau blanche. Lorsque la nature se montrait contrariante, le maquillage était appelé à la rescousse. Ce qui n’était pas sans danger, puisque l’on utilisait souvent du blanc de céruse. Beaucoup connaissaient sa toxicité, mais n’y renonçaient pas pour autant.

L’idéal de beauté d’une société fait toujours office de symbole de statut social. L’évolution de l’image idéale du corps masculin l’illustre bien. À l’époque baroque, il fallait être plantureux pour être séduisant. Le corps reflétait ainsi le style de vie du siècle: joie des sens, luxe et décadence. À la fin du XIXe siècle, l’homme irrésistible était plus empâté. À une époque où beaucoup ne mangeaient pas à leur faim, c’était une façon de montrer que l’on était aisé. Plus tard, le début du XXe siècle a plébiscité les silhouettes élancées, conséquence d’une nourriture plus abondante et de l’essor irrésistible de l’industrie cinématographique. Dans les années 1960, les jeunes ont commencé à se rebeller et l’ont montré autant dans leur comportement que dans leur apparence. Les jeunes hommes se sont laissés pousser les cheveux et ont moins pris soin de leur corps. C’était une époque où faire du sport était mal vu. Suivirent les années 1980, qui placèrent le culturisme au rang de phénomène de société et les muscles au pinacle de la beauté. Aujourd’hui, la silhouette masculine idéale semble être proche de celle du début du XXe siècle.

Arnold Schwarzenegger est le culturiste le plus célèbre au monde. Ici, sur un cliché datant de 1974.
Wikimedia

Pour être beau, il faut être moyen

L’évolution a été identique chez les femmes. Pendant plusieurs siècles, le corps féminin devait avoir des formes voluptueuses pour être séduisant et envié. Il symbolisait la fécondité et montrait que sa propriétaire, bien nourrie, appartenait à une catégorie sociale aisée. Un idéal en parfait accord avec le statut social donc. Depuis quelques décennies, cette image a pourtant complètement changé. Aujourd’hui, dans les pays occidentaux, une femme doit avoir un corps mince et musclé pour être belle. Vu l’abondance de nourriture, cela prouve qu’elle prend soin d’elle et n’est pas en surpoids. L’apparence renvoie ici le caractère de la personne.

Quoi qu’il en soit, la beauté absolue, ce sont d’abord les caractéristiques sur lesquelles il y a consensus social: à bas les extrêmes, vive la moyenne! Ou, pour le formuler autrement, l’idéal esthétique est toujours la résultante d’un compromis entre la majorité des membres d’un groupe. Le fait que les différences culturelles jouent un rôle prépondérant en la matière va sans dire.

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Andrej Abplanalp
Historien et chef de la communication du Musée national suisse.

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