Écran d’accueil du jeu «E.T. the Extra-Terrestrial» de 1982.
Internet Archive

Le pire jeu vidéo de tous les temps

Édité en 1982 par Atari, «E.T. - The Extraterrestrial» est largement considéré comme le pire jeu vidéo de tous les temps et illustre le naufrage de l’entreprise qui avait inventé la machine à jeux vidéo.

Alexander Rechsteiner

Alexander Rechsteiner

Après avoir suivi des études d’anglais et de sciences politiques, Alexander Rechsteiner travaille aujourd’hui au sein du département Communication du Musée national suisse.

Au début des années 1980, Atari était au faîte de sa gloire: l’entreprise américaine dominait le secteur des jeux vidéo avec 80 % de part de marché. La success-story avait commencé dix ans plus tôt, lorsque deux ingénieurs électriciens, Nolan Bushnell et Ted Dabney, avaient fondé la société Atari. S’inspirant du flipper, ils avaient relié un écran à une console de jeu équipée d’un monnayeur et monté le tout dans un boîtier. La toute première machine à sous vidéo était née. C’est sur cette machine que fonctionna à partir de 1972 le jeu Pong, sorte de tennis de table numérique où deux joueurs doivent se renvoyer un point blanc.

Bushnell et Dabney avaient installé le prototype de leur machine Pong dans un bar de Californie. Quelques jours plus tard, le propriétaire du bar les avait appelés pour leur demander de reprendre l’appareil car il ne marchait plus. En fait de panne, le jeu était victime de son succès: la tire-lire était pleine! Ce qui encouragea nos deux inventeurs à produire leur machine en série. Et voilà comment débuta l’ascension de l’entreprise. Quelques années plus tard, elle sort sa console de salon Atari 2600. Environ 25 millions en seront vendus jusque dans les années 1990. Atari développe également des ordinateurs domestiques peu coûteux et surpasse ainsi ses concurrents.

Le populaire Atari 2600 de 1979 et son joystick.
Wikimédia

Développement bâclé, fiasco monumental

Pour Noël 1982, l’entreprise a besoin d’un blockbuster. Pendant l’été, le film E.T. l’extra-terrestre de Steven Spielberg a fait un carton dans les salles de cinéma. Atari achète les droits pour environ 25 millions de dollars et développe en seulement cinq semaines un jeu pour la console Atari 2600. Les attentes du public sont très fortes, cinq millions de copies sont éditées. Mais le jeu fait un bide et seul un cinquième de la production trouve preneur, malgré des réductions de prix parfois considérables.

Même le pire jeu vidéo de tous les temps peut se jouer sur le site d’Internet Archive. Un clic sur l’image vous conduit au site web de l’Internet Archive, un clic sur la capture d’écran charge le jeu. On lance ensuite le jeu en appuyant sur la touche «Ctrl». Les flèches permettent de déplacer E.T., la touche «Ctrl» correspond au bouton rouge du joystick. Pour sortir E.T. de la fosse, il faut appuyer sur la touche «Ctrl» et la flèche vers le haut.
Internet Archive

Les instructions du jeu E.T.. Pour maîtriser le jeu, leur lecture était indispensable.
Internet Archive

Que s’est-il passé? Pour dire les choses simplement, E.T. était un mauvais jeu. Avec nos yeux d’aujourd’hui, la qualité du graphisme est difficile à juger, mais elle donne une impression de froideur. En fait, la plus grande faiblesse du jeu est son principe même. Contrairement à d’autres jeux de l’époque, plus intuitifs, la lecture du manuel est indispensable pour comprendre ce qu’il faut faire. Et même une fois lue la notice, le jeu reste complexe, rébarbatif et laborieux. But du jeu? Retrouver le plus vite possible avec E.T. les différentes pièces d’un téléphone pour permettre à l’extraterrestre d’appeler chez lui. Ces pièces sont cachées dans différentes fosses, dans lesquelles le personnage du jeu ne cesse de tomber. La principale activité des joueurs consiste par conséquent à sortir E.T. d’une fosse.

Vision malheureusement récurrente: le personnage du jeu au fond d’une fosse.
Internet Archive

Avec E.T., la société Atari s’enlise elle aussi dans un bourbier dont elle ne parviendra plus à se tirer. Ce jeu illustre de manière emblématiques l’effondrement du marché des jeux vidéo au début des années 1980. Entre 1983 et 1985, l’industrie des jeux vidéo est frappée par une grave récession. La raison? La montée en puissance de l’ordinateur personnel, mais aussi les sociétés de production qui saturent le marché de jeux vite et mal conçus comme E.T. En deux ans, le chiffre d’affaires du secteur passe de 3,2 milliards à 100 millions. Touché de plein fouet par cet effondrement, Atari subit des pertes qui se chiffrent en millions de dollars. En 1984, l’entreprise revend sa division ordinateurs et consoles de jeu et abandonne ces activités. Par la suite, la division machines à sous périclitera à son tour. Aujourd’hui, Atari existe encore, mais n’est plus qu’une coquille vide.

La légende de l’«enterrement du jeu vidéo d’Atari»

Ces 30 dernières années, une rumeur a circulé dans la communauté des gamers: peu après le fiasco commercial, des milliers de cartouches E. T. auraient été enterrées avec d’autres jeux et composants de consoles dans une décharge du Nouveau-Mexique, aux États-Unis. Cette rumeur a longtemps été considérée comme une légende urbaine, jusqu’à ce qu’une équipe de tournage obtienne en 2013 l’accès à la décharge et un permis de fouille. Et voilà que les cartouches E.T. ainsi que des emballages d’origine et des manuels du jeu refont surface! La légende était donc vraie. Une partie des restes furent extraits de la décharge, vendus à des collectionneurs ou donnés à des musées. Quant aux cartouches restantes, elles regagnèrent la fosse où elles disparurent pour toujours.

Ironie du sort: cartouches E.T. invendues dans une fosse à Alamogordo, Nouveau-Mexique, États-Unis.
Wikimédia / taylorhatmaker

Documentaire «Game Over» sur la disparition de la société Atari.
YouTube

Games

Musée national Zurich

17.1. – 6.9.2020

L’exposition emmène les visiteurs et visiteuses dans un voyage dans le temps à travers les quelque 50 ans d’histoire du jeu vidéo et aborde des aspects perçus comme préoccupants par la société. Des stations de jeu sont en outre mises à disposition pour tester soi-même les jeux.

Autres articles

Adresse et contact
Musée national suisse
Landesmuseum Zürich
Museumstrasse 2
Case postale
8021 Zurich
info@nationalmuseum.ch

Design: dreipol   |  Réalisation: whatwedo
Musée national suisse

Le Musée national suisse (MNS) est l’unité administrative faîtière qui regroupe trois musées: Le Musée national Zurich, le Château de Prangins et le Forum de l’histoire suisse à Schwyz, ainsi que le centre des collections d’Affoltern am Albis.