
Place au vélo!
Aujourd’hui incontournables, les pistes cyclables n’ont pas toujours été une évidence: la première loi cantonale sur les pistes cyclables a été soumise au vote en 1946 dans le canton de Berne.
Quelques décennies en arrière lors de la votation sur les voies cyclables organisée en 1946 dans le canton de Berne, la population était beaucoup plus sceptique concernant ce genre d’aménagement. La loi proposée à l’époque n’est certes pas entièrement comparable au texte actuel: la portée au niveau cantonal versus fédéral, le contexte de l’époque et les moyens de financement sont en effet trop différents. Le projet de 1946 n’en reste pas moins très intéressant, notamment pour connaître l’opinion qu’avaient les autorités et la population sur le vélo et son importance, ainsi que le rôle que jouaient déjà dans les années 1930 et 1940 certains aspects comme la place disponible sur les routes.
L’époque précédant le second conflit mondial et les années de guerre elles-mêmes créent un contexte propice à la loi sur les voies cyclables: la période de 1920 à 1940 oriente les réflexions et prépare le terrain pour le texte de loi. L’arrêt de la circulation automobile durant le conflit contribue à repousser la votation à l’après-guerre, en 1946.
Dix ans plus tard, l’évolution des transports amène cependant la Direction des travaux à se lancer dans la construction de voies cyclables. La loi de 1934 sur la construction des routes prévoit d’ailleurs un article explicite à ce sujet. Les autorités envisagent de financer ce chantier en imposant les cyclistes – une idée tout à fait novatrice, car pour la première fois, des moyens spécifiques seraient alloués à un projet précis.
Lors d’une présentation tenue en 1938, la Direction des travaux analyse le besoin de bandes cyclables en donnant l’exemple de l’axe Berne-Thoune, très fréquenté: «Sur une route de cette capacité, inadaptée à une telle affluence d’automobilistes, de cyclistes et de piétons, les voies cyclables sont indispensables. Mais s’il faut délester les routes en aménageant des voies cyclables, il faut autant que possible les séparer des axes routiers.»
En 1939, les personnes chargées du dossier au sein des Directions de la police, de la justice et des travaux se rencontrent à nouveau pour coordonner leur action. Les offices font avancer le projet de loi, le Grand Conseil doit en discuter à l’automne. Deux ans plus tard, en 1941, après une deuxième lecture par le Grand Conseil, le texte soumis au vote est prêt.
Une votation retardée par la Seconde Guerre mondiale
Mais la Direction de la police, elle, préfère repousser la votation après la guerre, estimant que si elle se tenait en temps de conflit, elle équivaudrait à une votation sur un «projet de création d’emplois». C’est aussi l’avis des tenants du projet au Grand Conseil. Les autorités suspendent donc la procédure en attendant qu’une hausse de la circulation après la guerre améliore les chances de passage du texte.
La Direction de la police publie un article dans lequel elle souligne à nouveau la nécessité d’adopter le texte, au vu tout particulièrement de l’intensification du trafic que l’on observe à nouveau, sans compter les 330 000 cyclistes qui ont pris goût à la grande liberté dont ils jouissaient durant la guerre. Les voies cyclables accroîtraient la sécurité pour tous, au même titre que l’amélioration de la signalisation. Dans un certain nombre d’articles publiés par le comité de soutien, les auteurs se disent préoccupés par le chaos qui règne sur le réseau routier. Les automobiles, désormais plus rapides et plus lourdes, empiètent sur les droits des cyclistes et entravent leur liberté de circulation.
L'argument de la mise en danger des cyclistes n'a pas été avancé par hasard : année après année, environ 30 000 cyclistes ont été victimes d'accidents sur les routes.
En plus des nombreux arguments avancés durant la campagne pour contrer le projet, les coûts, qui s’annonçaient élevés pour les cyclistes, ont très certainement fait pencher la balance en faveur du «non». Lorsqu’on sait le triomphe que connaîtra la voiture dans les décennies suivantes, on pourrait penser les choses bien mal engagées pour les voies cyclables. Le projet de loi aurait-il été en avance sur son temps? Le réseau cyclable actuel dans le canton de Berne bat cette idée en brèche: jeunes et vieux pédalent aujourd’hui sur près de 1703 kilomètres de voies, se rendant qui à un rendez-vous professionnel, qui au brunch dominical. Et grâce à la nouvelle loi sur les pistes cyclables, ce réseau devrait à l’avenir continuer à s’étoffer et à s’améliorer.


