
Le réformateur et les esprits
Ludwig Lavater n’était pas que le successeur de Ulrich Zwingli. C’était également un grand amateur d’histoires de fantômes. Il en a rassemblées et publiées dans un livre.
L’histoire a été populaire au XVIe siècle et on la retrouve dans le Livre des fantômes du pasteur zurichois Ludwig Lavater (1527-1587), qui a été édité pour la première fois en 1569 par l’imprimeur zurichois Froschauer. Son titre est compliqué mais décrit exactement le contenu du livre: Von Gespänstern, Unghüren und Fällen, die meistens wenn Leute sterben sollen oder wenn sonst grosse Änderungen sich abzeichnen, kurzer und einfältiger Bericht, gestellt durch Ludwig Lavater, Diener der Kirchen zu Zürich im Jahr 1569 (Rapport bref et simple d’histoires de fantômes, de spectres et d’événements se produisant à la mort de personnes ou lors de grands bouleversements, écrit par Ludwig Lavater, serviteur de l’Église de Zurich en l’an 1569).
Un théologien collectionneur d’histoires de fantômes
Le Livre des fantômes de 1569 contient des dizaines d’histoires de fantômes et d’esprits. Ils sont englobés dans une explication théologique: L. Lavater fait une distinction précise entre les vrais et les faux esprits et a sa propre interprétation concernant l’existence des vrais esprits. Si pour les catholiques ce sont les pauvres âmes, pour lui ce sont les anges. Son explication ne diffère donc pas significativement de la version catholique.
Le pasteur Lavater n’a pas inventé ses histoires lui-même, mais les a rassemblées en s’appuyant sur la littérature savante de son époque. Contrairement à son contemporain, le naturaliste zurichois Conrad Gessner (1516-1565), qui a obtenu nombre de ses observations avec l’aide de correspondants locaux, L. Lavater s’est limité à des supports écrits provenant de sources imprimées. Son livre est donc aussi un tour d’horizon stimulant de la vie intellectuelle de l’époque. Selon son propre récit, il a trouvé l’histoire des crabes aux bougies dans l’œuvre de l’humaniste Erasme de Rotterdam (1466-1536). Elle devait être très populaire à l’époque, car il en existe d’innombrables variantes.
Une armée dans le ciel
En 1098, une armée d’hommes serait apparue dans le ciel près du monastère de Worms. Un moine est sorti, a fait le signe de croix et leur a demandé qui ils étaient. «Nous ne sommes pas des guerriers vivants, mais les âmes de ceux qui ont autrefois combattu», lui a-t-on répondu. Ils étaient entourés de feu, que les gens ne pouvaient cependant pas voir. Lorsque le moine leur a demandé comment il pouvait leur venir en aide, ils ont répondu: en priant et jeûnant. Ils sont partis peu de temps après, en criant en chœur: «Priez pour nous».
L’histoire de l’armée furieuse est une légende transmise sous diverses variantes à travers l’Europe et qui a trouvé sa place dans de nombreux recueils du XIXe siècle. L’armée des fantômes sévissait particulièrement au cours des nuits saintes entre Noël et Nouvel An. Dans la croyance de l’époque, des apparitions comme celle-ci laissaient augurer un malheur.


Histoires de trolls et de gobelins
Un esprit de la montagne aurait vécu longtemps dans une mine d’argent de Davos. On pouvait observer comment il versait des pierres d’un récipient à un autre. Le propriétaire de la mine, Peter Buol, avait fait le signe de croix et était resté indemne. Une fois, cependant, les mineurs avaient insulté et maudit le fantôme de la montagne. L’esprit aurait alors attrapé l’un d’entre eux et lui aurait tourné la tête jusqu’à ce que son visage soit dirigé vers l’arrière. Le mineur aurait vécu avec cette difformité pendant de nombreuses années.
Cette histoire a été relatée par différents auteurs et a finalement attiré l’attention des frères Jacob et Wilhelm Grimm. Ils ont intégré le thème dans une de leurs légendes et l’ont mélangé à d’autres. On peut retrouver l’histoire dans le livre Légendes allemandes de 1816.


