
Les espions du lac Léman
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Soviétiques ont bénéficié de renseignements importants en provenance de la Suisse. Les espions de «l’Orchestre rouge» étaient parfaitement informés des projets d’Hitler.
Une centrale d’espionnage dissimulée dans un chalet


À partir de 1938, le cartographe hongrois Sándor Radó, rompu à la clandestinité, était lui aussi en activité à Genève, où il opérait sous la couverture de son agence Geopress en tant que responsable du service des actualités soviétiques en Suisse. Sonia devint son opératrice. Début 1940, elle réussit à établir la première connexion stable avec Moscou. Par la suite, elle quitta la Suisse et devint la plus brillante agent au service de l’Union soviétique. Son successeur au sein des «Trois rouges» du lac Léman, désormais célèbres, fut le «pianiste» Alexander Foote (nom de code: Jim) qui communiquait les messages du groupe Radó (nom de code: Dora). Dans un deuxième groupe, c’est la résistante germano-polonaise Rachel Dübendorfer (nom de code: Cissy) qui officiait. Une autre cellule des Trois rouges portait le nom du journaliste suisse Otto Pünter (nom de code: Pakbo).
«Les deux plus grands adversaires de notre organisation étaient naturellement l’armée allemande et la police fédérale suisse. La première, parce que les activités de notre réseau la visaient directement, la deuxième, parce que lesdites activités constituaient une entorse à la neutralité suisse. L’armée allemande s’efforçait bien sûr de pénétrer notre organisation pour la supprimer. Les Suisses, de leur côté, se tenaient prêts à agir dès qu’ils auraient rassemblé suffisamment de preuves. Pour autant, ils ne voulaient pas déroger à leurs procédés habituels et démanteler un réseau de services secrets, tant qu’ils estimaient qu’ils œuvraient en faveur des démocraties».
Pendant plus de deux ans, les émetteurs à ondes courtes des Trois rouges restèrent hors du contrôle de la police fédérale et des instances militaires. Peut-être ces dernières se seraient-elles gardées de toute action si l’armée allemande n’était pas intervenue, ayant depuis longtemps remarqué les échanges soutenus entre services radiophoniques suisses et étrangers. Il revenait cependant aux Suisses de localiser les émetteurs.
Que sont devenus ces espions?
Alexander Foote se réfugia à Paris après que le groupe Radó fut découvert. Il reçut l’ordre de rentrer immédiatement à Moscou. Là-bas, il fut soumis à un interrogatoire intensif (et à des tortures) visant à vérifier sa loyauté et à exclure une activité d’agent double. S’en étant sorti avec succès, il reçut une nouvelle identité, devenant le Major Granatow.
En 1947, la Suisse condamna par contumace Sándor Radó à trois ans de prison et à 15 ans d’interdiction de pénétrer sur le territoire. Exilé au Caire, Radó fut brutalement ramené en Union Soviétique où il fut immédiatement interné. Un peu plus tard, Staline le gracia, commuant sa peine en dix années de camp de travail. Sa peine purgée, en 1955, il fut libéré et retourna à Budapest.
En 1944, Rachel Dübendorfer fut brièvement incarcérée en Suisse. En octobre 1945, un tribunal militaire suisse la condamna par contumace à deux ans de prison. Elle s’enfuit en Union soviétique en passant par le Canada. Arrivée à destination, elle fut emprisonnée jusqu’en 1956, puis libérée en RDA.
Otto Pünter avait réussi à transmettre à l’Union soviétique, via la représentation chinoise à Berne, des informations importantes, avant la fin des Trois rouges. Après la Seconde Guerre mondiale, il présida la Communauté de travail des journalistes du Palais fédéral, avant de diriger le service de presse et d’information de la Société Suisse de Radiodiffusion (SSR) de 1956 à 1965.
Margrit Bolli fut condamnée en 1947 par un tribunal militaire suisse (tribunal de division 1A) à dix mois de prison avec sursis et à une amende de 500 francs suisses pour espionnage militaire au préjudice d’États étrangers. Otto Pünter paya sa caution, lui permettant ainsi d'être libérée.
En 1947, la Suisse condamna par contumace Sándor Radó à trois ans de prison et à 15 ans d’interdiction de pénétrer sur le territoire. Exilé au Caire, Radó fut brutalement ramené en Union Soviétique où il fut immédiatement interné. Un peu plus tard, Staline le gracia, commuant sa peine en dix années de camp de travail. Sa peine purgée, en 1955, il fut libéré et retourna à Budapest.
En 1944, Rachel Dübendorfer fut brièvement incarcérée en Suisse. En octobre 1945, un tribunal militaire suisse la condamna par contumace à deux ans de prison. Elle s’enfuit en Union soviétique en passant par le Canada. Arrivée à destination, elle fut emprisonnée jusqu’en 1956, puis libérée en RDA.
Otto Pünter avait réussi à transmettre à l’Union soviétique, via la représentation chinoise à Berne, des informations importantes, avant la fin des Trois rouges. Après la Seconde Guerre mondiale, il présida la Communauté de travail des journalistes du Palais fédéral, avant de diriger le service de presse et d’information de la Société Suisse de Radiodiffusion (SSR) de 1956 à 1965.
Margrit Bolli fut condamnée en 1947 par un tribunal militaire suisse (tribunal de division 1A) à dix mois de prison avec sursis et à une amende de 500 francs suisses pour espionnage militaire au préjudice d’États étrangers. Otto Pünter paya sa caution, lui permettant ainsi d'être libérée.


