
Une enfant de la grand-route
Ursula Waser a été transférée de foyer en foyer pendant plus de 18 ans. Privée de contact avec sa mère, elle ne disposait d’aucun libre arbitre. L’histoire d’une enfant de la grand-route...
La petite Ursula Kollegger (de son nom de jeune fille) fut enlevée par la police six mois seulement après sa naissance et placée dans un foyer pour enfants. Ce fut le début d’un périple interminable et douloureux dans vingt foyers au total, entrecoupé par quatre courts séjours dans des familles d’accueil. Ce n’est qu’en 1971, après 26 placements dans 8 cantons au total, qu’Ursula Waser a été autorisée à faire ses premiers petits pas vers l’indépendance.
«L’autorité tutélaire peut retirer aux parents la garde de l’enfant et le placer dans une famille ou un établissement, lorsque son développement physique ou intellectuel est compromis ou lorsque l’enfant est moralement abandonné.»
En 1926, la fondation Pro Juventute créa l’œuvre d’entraide «Les Enfants de la grand-route», chargée de retirer les enfants des gens du voyage de leur famille et de les placer dans des foyers ou des familles d’accueil. L’objectif était de les éduquer pour en faire des «membres utiles» de la société. L’Etat et la fondation considéraient que ce n’était pas possible dans l’environnement jéniche. Par conséquent, l’autorité parentale pouvait être retirée en application de la loi civile.
Condamné pour abus sexuels sur un élève en 1924, il est aberrant que Siegfried se soit retrouvé à la tête de la «section consacrée aux enfants en âge scolaire» de Pro Juventute à partir de 1927. Son action, notamment contre les familles jéniches, n’aurait toutefois pas été possible sans un large soutien public. Les autorités, Pro Juventute, les associations, les donateurs et donatrices l’ont épaulé et lui ont permis de mener ses activités, même après sa retraite, par exemple, avec la publication de son livre «Les Enfants de la grand-route».


Ursula Waser a fini par se résigner: «Je pensais que tout le monde m’avait abandonnée». Si la direction du foyer a également remarqué ce changement d’état d’esprit de l’enfant, elle l’a toutefois interprété différemment, comme le montre un bref rapport adressé à Siegfried en 1957: «De temps à autre, elle a besoin de fermeté, mais en général, elle ne me pose pas plus de problèmes d’éducation que les autres enfants de son âge».
Assistance et contrainte
L’État est toujours intervenu dans la vie des personnes pauvres ou ne correspondant pas à la norme sociale. Jusque dans les années 1980, plusieurs centaines de milliers d’enfants et d’adultes ont fait l’objet de placements forcés ou par décision administrative. Des adoptions, des stérilisations, des avortements sous contrainte et des essais de médicaments ont été réalisés à l’insu des personnes concernées. Les droits fondamentaux ont souvent été bafoués dans ce contexte.
Aujourd’hui encore, Ursula Waser et des dizaines de milliers de personnes concernées par les mesures de coercition à des fins d’assistance doivent vivre avec le fait que l’État et la société n’ont pas été bienveillants avec elles. Certes, l’étude de ce chapitre peu glorieux de l’histoire de la Suisse a commencé il y a quelque temps déjà, mais de nouveaux cas et de tristes détails continuent d’être révélés. Ursula Waser s’engage sans relâche depuis des décennies pour que le rôle de la justice soit également examiné. Et pour cela, elle ne cesse de ressasser son douloureux passé.
Les visages de la mémoire
La plate-forme multimédia en ligne «Les visages de la mémoire» met l’accent sur celles et ceux qui ont subi des mesures de coercition à des fins d’assistance et des placements extrafamiliaux, ainsi que sur leur environnement familial. Elle rend ainsi accessible numériquement, d’une manière inédite, un pan important de l’histoire de la Suisse.
Uschi Waser et 31 autres témoins directement concernés, leurs conjoints et enfants ainsi que des professionnels parlent de leurs expériences de 1947 à aujourd’hui. Ils racontent ce qu’ils ont vécu et désignent les responsables et les causes. Ils mettent en lumière les conséquences qu’ils ressentent toujours. Les témoins racontent également comment ils ont trouvé la force de continuer à vivre malgré tout et comment ils s’en sont sortis.
La plate-forme en ligne replace leurs expériences dans le contexte historique et dresse un tableau nuancé des mesures de coercition à des fins d’assistance et des placements extrafamiliaux. Pour «Les visages de la mémoire», les personnes concernées collaborent de manière participative avec des historiennes et des historiens.
Uschi Waser et 31 autres témoins directement concernés, leurs conjoints et enfants ainsi que des professionnels parlent de leurs expériences de 1947 à aujourd’hui. Ils racontent ce qu’ils ont vécu et désignent les responsables et les causes. Ils mettent en lumière les conséquences qu’ils ressentent toujours. Les témoins racontent également comment ils ont trouvé la force de continuer à vivre malgré tout et comment ils s’en sont sortis.
La plate-forme en ligne replace leurs expériences dans le contexte historique et dresse un tableau nuancé des mesures de coercition à des fins d’assistance et des placements extrafamiliaux. Pour «Les visages de la mémoire», les personnes concernées collaborent de manière participative avec des historiennes et des historiens.


