
Pourquoi le Tessin fait-il partie de la Suisse?
Aujourd’hui, plus personne ne remet en question l’appartenance du canton du Tessin à la Suisse. Cependant, des coups d’État, révolutions et mouvements indépendantistes ont profondément marqué cette relation. Intéressons-nous donc de plus près à ce qui se cache derrière l’apparente évidence de cette Suisse du sud des Alpes.
En 1798, ce qui est aujourd’hui le Tessin se composait exclusivement de pays sujets de l’ancienne Confédération. Jusqu’en 1521, les confédérés avaient conquis la région du col du Saint-Gothard à Chiasso, grignotant le duché de Milan. Mais la route est encore longue jusqu’à la naissance du canton du Tessin. Uri règne seul sur la Léventine et, avec Schwytz et Nidwald, fonde les bailliages de Blenio, Riviera et Bellinzone. Les 12 chefs-lieux confédérés gouvernent conjointement les autres bailliages de Locarno, Vallemaggia, Lugano et Mendrisio, pays assujettis qui devaient fournir des soldats à leurs maîtres étrangers et leur verser des impôts tels que la dîme.
En ces temps agités, la préservation d’une autonomie locale est cruciale pour les anciens assujettis. Sous l’autorité de la Confédération, chaque commune était en effet largement autonome. Celle que l’on appelait alors Vicinanza (communauté) gérait en toute autonomie des biens communs tels que forêts et autres bien-fonds. L’organisation nécessaire à l’utilisation des biens collectifs et l’absence d’ingérence des dirigeants confédérés contribua à l’émergence de systèmes politiques, juridiques et économiques autonomes au niveau local.
En 1798, ces Vicinanze veulent préserver leurs anciennes structures et leur autonomie, qui correspondent à celles des corporations et des coopératives dans les villes fédérales. Dans la République cisalpine, en revanche, les communes ont été réduites à de simples unités administratives sans autonomie politique. Les structures fédérales offrent donc des avantages tangibles aux anciens pays sujets: en restant au sein de la Confédération, ils préservent leurs acquis matériels, politiques et culturels.

Le Tessin apparaît au 19e siècle…
Mais à peine unifié, le Tessin risque à nouveau de s’effondrer. En 1815, la Suisse en veut à son intégrité territoriale. Après la fin du règne de Napoléon et le début de la Restauration consécutive au congrès de Vienne, certains cantons lorgnent leurs anciens pays sujets. Uri veut aussi récupérer la Léventine. Le gouvernement tessinois ne parvient qu’avec peine à éviter le rétablissement des inféodations d’avant 1798. Le canton préservera son existence et rejoindra finalement la Confédération suisse en 1848.
… et se laisse emporter dans le maelström du Risorgimento
Pendant les guerres d’indépendance italiennes de 1848 et 1859, plusieurs milliers de combattants qui voulaient libérer la Lombardie de la domination étrangère autrichienne trouvent refuge au Tessin. De nombreux Tessinois participent aussi à ces luttes. Quand, après la bataille de Solférino en 1859, Milan est libérée de la domination autrichienne, l’aspiration à l’unification nationale gagne le nord de l’Italie et le Tessin italophone. Troublé par ces revendications et la sympathie parfois forte du peuple tessinois pour l’unification italienne, le Conseil fédéral pose au Tessin la question de la loyauté: voulez-vous vraiment rester suisses?
Furieux, le gouvernement tessinois adresse à Berne une lettre cinglante, niant avec véhémence tout manque de loyauté envers la Confédération. Et pour mieux démontrer son appartenance à la Suisse, le gouvernement tessinois rappelle au Conseil fédéral les événements historiques du 15 février 1798, le chapeau de Tell sur l’arbre de la liberté, le slogan «liberi e svizzeri» et le rejet de la République cisalpine: autant de preuves irréfutables de l’appartenance du Tessin à la Suisse.


