
Sport et Moyen Âge
Le mot «sport» évoque avant tout des disciplines contemporaines comme le football, le cyclisme, le rugby et le ski. Mais qu’en était-il au Moyen Âge, une période longtemps idéalisée? Faisait-on déjà du sport et celui-ci est-il comparable aux compétitions organisées de nos jours sur le territoire de l’actuelle Suisse?
Peut-être ce débat clivant n’a-t-il pas lieu d’être. Un examen objectif du passé révèle en effet une multitude de sources et d’indices suggérant que des activités physiques, ludiques et compétitives existaient dès le Moyen Âge. En revanche, le sens et le but des activités «sportives» évoluèrent au fil des siècles.
Le tir, sport ayant fait l’objet de compétitions très tôt, illustre bien ce phénomène. L’ancienne Confédération du XVe siècle comptait d’innombrables fêtes de tir et autres rassemblements de tireurs (mais aussi de tireuses) qui s’affrontaient selon des règles uniformes afin de remporter des prix. Il ne s’agissait toutefois pas uniquement de compétition, puisque ces événements servaient également d’entraînement militaire, raison pour laquelle les villes confédérées apportèrent leur soutien aux sociétés de tir dès le XIVe siècle. Au milieu du XVe siècle, le Conseil de Zurich autorisa ainsi les arquebusiers à bâtir un stand de tir hors des murs de la ville et encouragea la société de tir locale en lui versant des fonds issus des caisses de la ville ainsi qu’en l’approvisionnant en pain et en vin.
On peut supposer qu’au Moyen Âge et à l’époque moderne, des manifestations sportives pouvaient aussi tout à fait être organisées de manière spontanée ou plus informelle, ce qui est d’ailleurs attesté dans l’ancienne Confédération. Lancer de la pierre, lutte, boxe ou encore course à pied faisaient partie de la culture des régions alpines et n’ont été «apprivoisés» et déclarés sports nationaux qu’à partir de la fin du XVIIIe siècle. Les illustrations de la pratique du sport au Moyen Âge sont plutôt rares, mais on en retrouve une dans la chronique de Diebold Schilling de 1513.
Le lancer de la pierre était bien sûr une pratique guerrière, du moins dans la tradition orale qui glorifie la bataille de Morgarten, mais il n’était pas l’apanage des Confédérés, puisqu’il fut notamment aussi pratiqué par des paysans écossais en guise de jeu et lors de compétitions. En Suisse comme en Écosse, il fallut attendre le XIXe siècle pour que ces sports soient élevés au rang de vertus nationales et célébrés lors de manifestations populaires. Les sources du XVe et XVIe siècle, dont Diebold Schilling lui-même, ne fournissent toutefois aucune indication selon laquelle de telles compétitions auraient servi à la préparation militaire. Il s’agissait plutôt d’une manière ludique de mesurer sa force qui aurait très bien pu relever du divertissement: ces jeux et épreuves étaient en effet souvent organisés dans le cadre de fêtes patronales, de fêtes d’alpage et de veillées. L’historien militaire Walter Schaufelberger soulignait déjà en 1972 qu’il était parfaitement possible, dans la culture alpine et pastorale, de s’exercer à la lutte, au lancer de la pierre, à la course à pied ainsi qu’à d’autres compétitions sportives à certaines périodes de l’année moins chargées en travaux des champs et des montagnes. On pourrait en quelque sorte parler de loisirs médiévaux.
Cette organisation et la variété de disciplines représentées ne permet toutefois pas encore de parler de «pentathlon de la Suisse ancienne» comme le firent plus tard les humanistes (la présente illustration ayant fortement influencé ce qualificatif). Walter Schaufelberger l’avait d’ailleurs souligné, concluant au demeurant que le saut en longueur et la course à pied étaient pratiqués dans toute la Confédération et n’étaient donc pas spécifiques à une région.
D’autres disciplines comme l’escrime, le combat à l’épée ou le pugilat étaient certes pratiquées, mais plutôt dans les milieux aristocratiques durant plusieurs siècles, puis au sein des universités. Le paysage sportif était dominé par le tir, la lutte (classique et sa variante suisse) et le lancer de la pierre, qui connurent une renaissance au XIXe siècle.
Swiss Sports History

Ce texte est le fruit d’une collaboration avec Swiss Sports History, le portail consacré à l’histoire du sport suisse. Ce dernier a pour vocation de fournir des services de médiation scolaire ainsi que des informations aux médias, aux chercheurs et au grand public. Pour en savoir plus, rendez-vous sur sportshistory.ch.


