
Comment une action coordonnée a sauvé les cours d’eau et les lacs de Suisse
Les cours d'eau suisses ont longtemps souffert des rejets de eaux usées, de produits chimiques et de l'énergie hydraulique. Ce n'est qu'à partir des années 1950 qu'un mouvement de protection des eaux s'est développé. Comment a-t-il atteint ses objectifs?
Pour la commune d’Engelberg, il n’y avait pas de problème: aucune truite ne vivait dans la zone de la décharge, qui était donc sans incidence pour la pêche. L’imagination des édiles n’allait pas jusqu’à concevoir que les substances nocives provenant des déchets puissent aussi contaminer l’Aa en aval, jusqu'au lac des Quatre Cantons, et décimer, voire réduire à néant des populations entières de poissons.
Jusque dans les années 1950, de telles sources de pollution des eaux étaient très répandues en Suisse. Aujourd’hui, la situation s’est nettement améliorée. Les cours d’eau et les lacs sont bien plus propres et plus sains. D’où cette question: comment et par quelles étapes la protection des eaux s’est-elle développée en Suisse? Quels en ont été les principaux acteurs? Et quel a été le rôle des associations de pêche comme celle d’Obwald?
Maîtrise et exploitation des eaux
Le rejet des produits toxiques et des déchets industriels dans les cours d’eau avait beau être interdit depuis la révision de 1888 de la loi sur la pêche, dans les années 1950, de nombreux cours d’eau de Suisse étaient morts. Les endiguements et les centrales électriques, par exemple, empêchaient la migration des poissons, chez lesquels on constatait presque quotidiennement de fortes mortalités dues au rejet de substances toxiques.
Depuis plus de 70 ans, la loi fédérale sur la pêche […] obligeait les cantons à protéger les eaux piscicoles. Malheureusement, les dispositions de cette loi […] étaient en grande partie restées lettre morte.


Hécatombe de poissons dans le lac de Neuchâtel pollué, 1964. Les rejets de substances chimiques et d’engrais entraînaient un développement massif d’algues qui perturbaient l’équilibre biologique et faisaient baisser la teneur en oxygène de l’eau. La baignade dans le lac a été interdite. Keystone / Keystone
Une protection des eaux axée sur la technologie
La Confédération se dota de compétences supplémentaires avec la loi sur la protection de la nature et du paysage (1967), la deuxième loi sur la protection des eaux (1972) et la troisième loi sur la pêche (1975). Elle encouragea la construction de stations d’épuration grâce à d’importantes subventions. Grâce à ces mesures, la pollution des eaux diminua fortement. Mais qu’est-ce qui a poussé la Confédération à s’emparer tout à coup de la question des eaux? Qui a réclamé que l’on consacre davantage de moyens publics à la préservation de la propreté et de la santé des eaux?
À l’instar de nos forêts, nos plans et cours d’eau sont un peu de notre terre natale: il nous appartient d’en prendre le plus grand soin et d’en empêcher la dégradation par tous les moyens dont nous disposons.
Les considérations écologiques s’imposent
Depuis 1955, il existe une centrale hydroélectrique sur l’Aa de Sarnen, entre Sarnen et Alpnach, dont la retenue forme le lac Wichelsee. Le fonctionnement de la centrale asséchait la rivière en contrebas du barrage durant dix à onze mois par an. La Société de pêche d’Obwald avait demandé, avant la construction, qu’un débit résiduel suffisant soit conservé et une échelle à poissons aménagée pour assurer le passage des poissons depuis le lac. En vain. Les considérations économiques de maximisation du profit avaient primé sur les exigences écologiques de l’association. Privée de tout débit résiduel, l’Aa de Sarnen dépérit, et la route principale de migration des poissons dans le canton d’Obwald fut interrompue.


