La soupe au lait de Kappel est célèbre pour avoir été à l’origine de l’accord de paix entre les catholiques et les protestants à Kappel am Albis. Peinture d’Albert Anker.
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La première paix nationale

Il y a 490 ans, le 26 juin 1529, la première paix nationale fut conclue. Les catholiques et les protestants déposèrent au dernier moment les armes et se réconcilièrent autour d’une soupe. Mais la trêve fut de courte durée. Deux ans plus tard, les deux parties s’affrontèrent à nouveau.

Depuis la réforme, la Confédération était divisée en deux camps. Les catholiques d’un côté et les protestants de l’autre. Les différences de culte mettaient souvent la Confédération à rude épreuve. La plupart du temps, les Confédérés se réunissaient et résolvaient les conflits, comme ce fut le cas lors de la première guerre de Kappel.

Suivant le modèle de Zurich, les villes de Berne, Bâle et Schaffhouse étaient toutes devenues protestantes au plus tard en 1528. Inspirés par Zurich et Ulrich Zwingli, les protestants voulaient asseoir leur pouvoir au sein de la Confédération en se servant des bailliages communs. Zwingli aspirait à la liberté de culte dans ces régions. Les anciens cantons catholiques étaient quant à eux favorables à ce que la confession soit déterminée selon la majorité des cantons souverains, ce qui dans les faits aurait permis aux bailliages communs de rester en majorité catholiques. Les tensions s’accentuèrent et les deux camps s’armèrent. L’exécution de Jakob Kaiser déclencha un conflit ouvert. La paroisse d’Oberkirch, près de Kaltbrunn, l'avait nommé curé en 1529. La commune se trouvait dans le bailliage commun d’Uznach, lui-même placé sous la souveraineté de Glaris et de Schwytz. Ils s’accordèrent sur le fait qu’un prêtre catholique aurait été un choix plus juste. Mais Jakob Kaiser était réformateur. Ils firent alors arrêter le nouveau curé et le condamnèrent au bûcher pour hérésie. On lui reprochait d’avoir prêché la Réforme dans la plaine de la Linth, alors catholique.

Estampe réalisée par Johann Martin Usteri. Zwingli à cheval lors de la bataille de Kappel de 1531.
Musée national suisse

Eau-forte réalisée par Matthäus Merian (1593-1650) représentant la bataille de Kappel de 1531. Œuvre réalisée au XVIIe siècle.
Musée national suisse

Négociations de dernière minute

Zurich, qui avait déjà constitué ses troupes, déclara la guerre aux cinq cantons catholiques de Lucerne, Uri, Schwytz, Unterwald et Zoug et marcha sur Kappel am Albis, à la frontière de Zoug. Les Zurichois reçurent le soutien de Berne. Les cinq cantons de Suisse centrale rassemblèrent quant à eux leurs soldats de l’autre côté de la frontière. Mais ils étaient deux fois moins nombreux que leurs opposants. Hans Aebli, président du canton de Glaris, joua le rôle de médiateur entre les deux parties au conflit le 10 juin 1529 et réussit ainsi à empêcher l’offensive. De longues discussions furent engagées au sein des deux camps et les soldats se rencontrèrent pacifiquement à plusieurs reprises. L’épisode des représentants des deux parties se réunissant autour d’une soupe faite de lait et de pain est emblématique de ces rapprochements.

Finalement, le 26 juin 1529, les deux camps choisirent la paix et évitèrent ainsi un massacre. Cet accord fut relativement plus avantageux pour les protestants car il permit l’expansion de la Réforme dans les bailliages communs. Les paroisses furent autorisées à choisir leur confession selon la décision de la majorité.

En juin 1529, à la frontière entre Zoug et Zurich, des soldats des deux camps prêts à s’affronter partagèrent un chaudron de soupe faite de lait et de pain. Dessin de Heinrich Thomann, vers 1605.
Zentralbibliothek-Zürich, e-manuscripta.ch

La paix ne fit cependant pas disparaître les différences au sein de la Confédération. Deux ans plus tard, les deux camps s’affrontèrent à nouveau. Les cantons catholiques sortirent vainqueurs de la seconde guerre de Kappel en 1531 et firent annuler certains points de l’accord de paix de 1529. La mort d’Ulrich Zwingli lors de cet affrontement fut un revers de plus pour la Réforme. Il fallut attendre 1848 et la fondation de l’État fédéral pour voir se résoudre le conflit entre les deux confessions au sein de la Confédération. En Suisse, contrairement au reste de l’Europe, cela se fit majoritairement sans effusion de sang. Les cantons trouvèrent toujours une solution pour instaurer un certain équilibre.

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Andrej Abplanalp
Historien et chef de la communication du Musée national suisse.

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