En 1992, le référendum sur l’EEE divisa la Suisse en deux camps.
Musée national suisse / ASL

La Suisse et l’Europe

Être ou ne pas être européen: telle est la question qui, en 1992, divisa la Suisse en deux. Le «non» l’emporta d’un cheveu, troublant pour longtemps l’entente du pays.

Benedikt Meyer

Benedikt Meyer

Benedikt Meyer est historien et écrivain.

300 kilomètres: c’est la distance entre la commune de Lü, dans les Grisons, et celle de Reverolle (VD). Pourtant, le soir du 6 décembre 1992, c’est un monde entier qui les séparait. Alors que les électeurs du petit village de montagne s’étaient tous prononcés contre l’adhésion de la Suisse à l’Espace économique européen, la petite ville en périphérie de Lausanne l’approuvait à 94 %. Au niveau national, le «non» l’emporta d’un cheveu, avec 50,3 % des voix. Peu de référendums divisèrent autant le pays que la question posée aux citoyens et citoyennes au début des années 1990.

Le monde d’alors était plein d’inconnues: le mur de Berlin était tombé en 1989, la dissolution de l’Union soviétique avait suivi en 1991, la Guerre froide n’était plus qu’un souvenir. En Europe, les alliances, tantôt économiques, tantôt politiques, se multipliaient. À la même époque, l’économie traversait une zone de turbulences: en Suisse, le chômage augmentait de façon significative pour la première fois depuis des décennies, tandis que le produit intérieur brut ralentissait. C’est dans ce contexte que l’on demanda aux Suisses de décider si le pays devait ou non rejoindre l’EEE, abolir les douanes et mettre en place la libre circulation des personnes, des biens, de services et des capitaux.

Flash-back. Berne, 18 mai 1992, sept mois avant le référendum. Tôt ce jour-là, le Conseil fédéral se réunit en séance. Ordre du jour: l’adhésion à la CE, ancêtre de l’UE. Bien avant que le peuple ne se prononce sur l’EEE et sur une éventuelle intégration économique, le gouvernement réfléchissait déjà à un ralliement politique. Les représentants au Conseil fédéral du PS, du PLR et du PDC n’étaient pas d’accord. Certains points restaient flous. C’est l’UDC qui fit pencher la balance: Adolf Ogi se prononça en faveur de l’adhésion, et la Suisse déposa une demande à Bruxelles.

L’attitude volontaire du Conseil fédéral sur la question de l’entrée dans la CE marqua le début d’un débat électoral passionné, pour ne pas dire hystérique. Pour Christoph Blocher, la demande d’adhésion fut l’occasion de prendre la main. Le milliardaire, entrepreneur, populiste et mécène de l’Union démocratique du centre devint une figure éminente des opposants à l’adhésion et le grand vainqueur du 6 décembre.

La Suisse refuse de rejoindre l’EEE.
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Ce fut cependant une victoire à l’arraché. Le «non» l’emportait de justesse et soulevait de nombreuses questions – sur la forme qu’allait prendre la future collaboration avec les pays voisins, sur la place de la Suisse au sein de l’Europe et dans le monde. L’incertitude demeura jusqu’en 1992, lorsque les relations avec l’Europe furent définies dans le cadre d’accords bilatéraux.

En 2001, Christoph Blocher fut nommé citoyen d’honneur de la commune de Lü. La demande d’adhésion à l’UE fut retirée en 2016. Les conventions bilatérales, en revanche, furent à plusieurs reprises approuvées par les électeurs.

Ouverture ou repli: telle était la question en 1992.
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