Les PTT voyaient dans le Vidéotex la promesse d’un avenir grandiose.
Les PTT voyaient dans le Vidéotex la promesse d’un avenir grandiose. Bibliothèque de l’ETH, photothèque

Vidéotex

Il y a 20 ans s’achevait l’aventure du Vidéotex. À l’époque de sa création, ce service de télécommunication était en avance sur son temps. Quelles ont donc été les raisons de sa disparition? Plongée dans les archives des PTT en quête de réponses.

Luca Thanei

Luca Thanei

Luca Thanei est historien, spécialiste de l’histoire des techniques.

Un téléphone à cadran monté sur un modem, sur un téléviseur cathodique, sur un décodeur, sur un clavier très lourd. Au début des années 1980, cette structure était la première à donner accès au Vidéotex, un nouveau service d’information proposé par les Postes, téléphones et télégraphes (PTT) suisses de l’époque. Si les appareils nécessaires pour se connecter au réseau et leur disposition semblent aujourd’hui un peu surannés, les applications n’en sont que plus impressionnantes. En effet, avec le Vidéotex, il était possible, via un écran de télévision, de consulter ses comptes bancaires, d’effectuer des paiements électroniques, de suivre les cours de la Bourse, d’acheter des actions, et même de souscrire une assurance vie ou de solliciter un crédit. On pouvait consulter un catalogue de vente par correspondance, commander divers produits et payer directement via l’écran. Les prévisions météo, les horaires des restaurants, les itinéraires des CFF étaient accessibles par ce biais. On pouvait même réserver ses vacances par Vidéotex. Sans oublier la possibilité d’échanger avec d’autres utilisateurs ni les diverses messageries, qui annonçaient déjà les chats, forums et autres groupes de discussion privés qui fleuriraient des années plus tard.

La vision d’un réseau mondial

La diversité de ces applications a de quoi surprendre, d’autant qu’elles paraissent assez contemporaines. Et la ressemblance n’est pas tout à fait fortuite. Au début des années 1980, la vision que les PTT synthétisèrent dans ce nouvel outil de télécommunication tendait vers une vie publique appelée, dans un avenir relativement proche, à se dérouler pour une bonne part dans un espace virtuel. Les PTT misaient sur le fait que, grâce au Vidéotex, leurs clients auraient bientôt accès à des millions de pages du monde entier moyennant une somme modique et que la communication entre les différents participants ne connaîtrait pratiquement plus aucune frontière. Les progrès enregistrés par les pays voisins qui expérimentaient depuis plus longtemps les systèmes de télétexte confortèrent les PTT dans leur vision d’un avenir évoluant vers le numérique. En France, le Télétel, lancé en 1980, comptabilisait 800 000 abonnés au bout de quelques années. Et en RFA, le Bildschirmtext, ouvert en 1983, annonçait 30 000 utilisateurs pour la seule année de son lancement. Pour les PTT, il ne faisait aucun doute qu’un tel système trouverait également son public en Suisse. Ils convainquirent le Conseil fédéral d’autoriser des essais d’exploitation. Les premiers débutèrent fin 1983. Dans un premier temps, cette version offrait à 2000 clients un accès au système de télétexte helvétique – le Vidéotex, donc.
Réserver ses places de théâtre, suivre les cours de la Bourse… Le Vidéotex offrait de nombreuses possibilités.
Réserver ses places de théâtre, suivre les cours de la Bourse… Le Vidéotex offrait de nombreuses possibilités. Archives des PTT

Une étonnante timidité

À partir de là, pourtant, les PTT se contentèrent d’un rôle étonnamment timoré dans le développement de ce système de télétexte à la suisse. À l’inverse de leur action dans les autres domaines des télécommunications, ils ne voulurent assumer aucune responsabilité concernant l’accès au Vidéotex ou la qualité de ce nouveau service. Dans le cadre du service public, leur rôle, annoncèrent-ils, se limiterait strictement à la mise à disposition des infrastructures de transmission, autrement dit du réseau téléphonique déjà en place et du réseau de données nouvellement construit, Telepac. Concernant les terminaux et surtout le contenu du Vidéotex, l’entreprise publique s’en remettait entièrement au libre marché. Elle souhaitait une séparation nette de la responsabilité du réseau et de celle de l’utilisation, pour paraphraser les fonctionnaires. Mais la délégation de la responsabilité d’utilisation du Vidéotex au secteur privé entraîna pour les clients des coûts d’entrée relativement élevés. Ainsi, le matériel nécessaire pouvait-il à l’époque rapidement dépasser les 3000 francs, le modem était loué aux PTT pour 12 francs par mois et le raccordement au réseau était facturé 7 francs de l’heure. Et les nombreuses offres payantes n’étaient bien sûr pas incluses dans ce montant. De même, pour les propriétaires des pages, l’accès à ce marché en ligne, nouveau autant que prometteur, restait coûteux. Pour mettre en œuvre d’alléchantes offres Vidéotex, il n’était pas rare de devoir investir plus de 100 000 francs.
Publicités pour le Vidéotex dans les années 1980.
Publicités pour le Vidéotex dans les années 1980.
Publicités pour le Vidéotex dans les années 1980. Musée de la communication

Une affaire qui roule?

Les PTT faisaient peu de cas de ces frais d’entrée. Ils étaient persuadés que la numérisation croissante de la vie publique, tout au long de la décennie, était à ce point inéluctable que les clients et les entreprises n’auraient bientôt pas d’autre choix que de se laisser convaincre par Vidéotex. Ils comptaient sur le fait qu’à la fin de la phase de test de 1985, l’expérience serait devenue une affaire fonctionnant toute seule. Une fois encore, le Conseil fédéral se laissa aisément convaincre et, en 1985, autorisa également l’exploitation publique officielle du Vidéotex. La suite des événements sembla donner raison aux PTT. Les abonnements se multiplièrent. En 1992, le Vidéotex reliait plus de 90 000 ménages à un réseau bientôt raccordé à ceux des pays frontaliers. À partir de là, il devint possible de se connecter aux sites proposés par les autres systèmes de télétexte européens. En 1994, le Vidéotex passa même la barre hautement symbolique des 100 000 utilisateurs. Présent dans plus de 600 entreprises, il était devenu le plus grand réseau de données de Suisse.
On y vendait même des assurances et des biens immobiliers.
On y vendait même des assurances et des biens immobiliers. Archives des PTT

Les nombreuses raisons du déclin

Les succès enregistrés en 1994 par le Vidéotex ne l’empêchèrent pas de décliner à partir de cette date. Les raisons, multiples, découlaient d’éléments parallèles qui semblèrent soudainement rattraper le Vidéotex à partir du milieu des années 1990: l’absence de moteur de recherche, la complexité des annuaires que les clients ne pouvaient recevoir qu’au format papier, la laideur des images sur l’écran, la lenteur de la transmission, les hausses tarifaires non prévues, l’incroyable succès du World Wide Web, étoile montante des télécommunications… Progressivement, les PTT commencèrent à voir leur service comme un risque financier, car malgré leur rôle limité, ils n’avaient jamais cessé d’investir dans le Vidéotex.
Ainsi, au milieu des années 1990, le système fonctionnait bien tout seul, mais il partait dans la mauvaise direction, et à un rythme bien plus rapide que prévu. En février 1995, la commercialisation de Vidéotex fut précipitamment transférée à une entreprise privée, la Swiss Online AG. Dès le printemps 1996, soit avant leur libéralisation, les PTT n’avaient plus aucun lien avec l’infrastructure technique, les tâches administratives, la facturation ou le service client. Swiss Online tenta bien de se rapprocher des banques pour développer les services bancaires en ligne qui commençaient à apparaître, mais bientôt, le Vidéotex disparut purement et simplement du paysage. Le 30 septembre 2000 fut le jour de l’arrêt officiel de ce service qui en réalité était en avance sur son temps.
Développant un ton humoristique, les spots télé vantant le Vidéotex sont restés dans les mémoires. Musée de la communication

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