
La naissance du sauvetage aérien en montagne
L’atterrissage d’urgence, en novembre 1946, d’un Dakota C-53 à plus de 3000 mètres d’altitude sur le glacier du Gauli était déjà un exploit en soi. Le sauvetage des douze survivants marqua en plus le début du sauvetage aérien en montagne.
Je crie: ‹On est dans les montagnes› et j’essaie de redresser l’avion. Mais mon copilote croit que je fais un malaise et maintient fermement le manche en position initiale pour m’empêcher de faire la manœuvre de redressement. La situation devient dangereuse, il y a un risque de décrochage. Je le repousse, mais au même moment, on touche déjà le sol…
Les montagnes, oui, mais pas les bonnes
L’appareil glisse au-dessus du glacier à près de 280 km/h avant de s’enfoncer dans la neige. Lorsqu’il s’immobilise, un silence de mort s’installe dans le fuselage. Incapables de distinguer quoi que ce soit alentour, les passagers ne sont pas en mesure d’évaluer l’altitude à laquelle ils se trouvent.
Alors que l’appel de détresse est à peine audible par les autorités concernées en France, le signal parvient au commandant de l’aérodrome de Meiringen, Viktor Hug, avec une clarté étonnante. Aussitôt, il informe le Service de l’aviation et de la défense contre avions qu’un avion en détresse semble se trouver à proximité, mais son signalement n’est pas vraiment pris au sérieux et sa proposition d’envoyer des secours est refusée.
Meiringen aux mains des Américains
Une cigogne sur des skis
En 1944, Hug a commencé à tester les décollages et atterrissages dans des champs de neige profonde, faisant de la Suisse le premier pays à accumuler de l’expérience significative dans les atterrissages sur la neige en haute montagne.
Alors que les passagers et les bagages étaient évacués, la majeure partie du Dakota DC-53 resta sur le glacier du Gauli. Les Américains voulaient initialement détruire l’avion pour empêcher que des technologies militaires sensibles ne tombent entre de mauvaises mains. Cependant, la Suisse s’y opposa fermement, arguant qu’une telle action violerait sa souveraineté. Finalement, les deux pays convinrent de laisser l’épave sur le glacier. Ainsi, aujourd’hui encore, des pièces de l’avion réapparaissent régulièrement au fil de la fonte du glacier.
Cette performance remarquable, tant sur le plan humain que technique, fut célébrée comme il se doit. Hollywood s’empara de l’histoire et en fit un film dramatique intitulé Voyage brisé (« Broken Journey »). Mais plus important encore, cet événement marqua le début des opérations modernes de sauvetage aérien en montagne.





