
Contrebande en région transfrontalière
En temps de crise, la contrebande a toujours été vitale pour les hommes, notamment dans la région frontalière entre la Suisse, l’Allemagne et la France. Dans cette zone, les tracés imprécis des frontières rendaient la contrebande particulièrement attrayante.
Regarder par-dessus la frontière n’était pas seulement attrayant, c’était également vital. Toutefois, les restrictions de quantités compliquèrent les achats en Suisse. Ainsi, en 1920, dans le cadre du petit transport frontalier entre le nord-est de la Suisse et la Bade-du-Sud, chaque ménage était limité à 500 g de café et 500 g de conserves de viande tous les quinze jours. En outre, de stricts contrôles de personnes rendaient difficile le passage des frontières. Ces dernières, encore ouvertes jusqu’en 1914, furent fermées durant la Première Guerre mondiale et des contrôles furent introduits. Après 1918, des contrôles stricts aux frontières étaient effectués, le passage d’un pays à l’autre était réglementé et les frontières furent ouvertes avec réticence.
La ligne verte était un lieu essentiel pour faire passer du café, du chocolat et du tabac de Suisse dans les pays voisins. L’«Eiserne Hand» («la main de fer»), une portion de forêt longue de 2 km et large de 150 m, fait partie du territoire suisse et s’étend, tel un doigt, sur le territoire allemand. Cette zone appartient à la commune de Riehen, au nord-est du canton de Bâle-Ville. La «main de fer» fut à chaque période de l’histoire une ouverture rêvée pour les réfugiés et les petits trafiquants. Mais les contrebandiers professionnels utilisaient eux aussi ce chemin pour faire passer des marchandises prisées telles que le café, le tabac ou le chocolat en grandes quantités en Bade-du-Sud.
La contrebande à la frontière entre l’Allemagne et la Suisse se développa également durant la Seconde Guerre mondiale, malgré les barrages et les contrôles stricts. La «main de fer» entra là encore en jeu. Lorsque la guerre éclata, la frontière avec la Suisse fut fermée et il fallut être muni d’un visa pour pouvoir la franchir. En 1942, les autorités allemandes bouclèrent la frontière à l’aide d’un réseau de barbelés. Durant l’été de la même année, lorsqu’elles donnèrent l’instruction à 500 jeunes hommes du Service du travail du Reich d’ériger des barbelés entre l’Allemagne et la Suisse, elles voulurent s’épargner de boucler les quelque quatre kilomètres de barrière frontalière entourant la zone forestière de la «main de fer» et demandèrent aux Suisses de verrouiller cette bande. Ces derniers devaient ériger une barrière de 150 mètres de long sur leur territoire. Berne refusa toutefois, invoquant le principe de souveraineté. Ainsi, malgré le bouclage des frontières, il restait ici une ouverture durant la Seconde Guerre mondiale.


Chaussure de contrebandier avec semelle évidée et livre pour la contrebande. Ces deux objets ont été rassemblés au début du XIXe siècle par un douanier en service à Allschwil, à la frontière française. Allschwiler Heimatmuseum / Allschwiler Heimatmuseum
La contrebande de marchandises de première nécessité fut avant tout sévèrement sanctionnée durant les premières années suivant la Seconde Guerre mondiale. Durant cette période, les restrictions de quantités étaient si strictes qu’elles incitaient les gens à la contrebande. On laissait les petits contrebandiers dépistés choisir entre clarifier la plainte dans le cadre d’une «audience de soumission» («Unterwerfungsverhandlung») ou d’un procès ordinaire. Dans le cadre de la première procédure, le clandestin devait reconnaître son délit et la peine prononcée. Après cette audience, le «coupable» devait admettre les faits par écrit. Le délit était alors inscrit à son casier judiciaire. Il pouvait donc arriver que quelqu’un soit considéré comme ayant des antécédents judiciaires pour la contrebande d’un paquet de cigarettes.
À l’étranger, les tracts imprimés étaient déposés dans les poubelles des trams circulant entre Riehen et Lörrach ou dans les chambres à air de vélos, pour rejoindre l’Allemagne, puis étaient récupérés à la frontière et distribués dans le pays.
Le drapeau SPD mis en sécurité
Musée des trois pays Lörrach
Le Musée des trois pays Lörrach propose régulièrement des expositions sur des thèmes relatifs à la région transfrontalière entre l’Allemagne, la Suisse et la France. Le thème de l’évolution des frontières et de la contrebande dans la région transfrontalière de l’Allemagne, de la France et de la Suisse a fait l’objet d’une exposition temporaire, assortie d’une publication.


