
La formule magique de la concordance
Le système de concordance est un modèle de démocratie typique de la Suisse, apparu au début du XXe siècle. Il privilégie le consensus pour assurer la paix intérieure.
En Suisse, l’idée de la concordance est centrale au Conseil fédéral, mais aussi dans les autres instances et organes politiques. Tous les partis importants sont systématiquement impliqués dans le processus décisionnel, basé sur le consensus. C’est notamment vrai pour l’attribution des fonctions politiques et des postes de direction au sein de l’administration, de l’armée et de la justice, où le principe de concordance garantit aux partis une représentation proportionnelle à leur poids dans la vie publique.
Origines historiques
La «formule magique» du Conseil fédéral
Cela dit, le PS, tout particulièrement, et depuis les années 1990 l’UDC torpillent régulièrement la politique de consensus en mettant notamment en avant leur propre agenda politique, avec leurs propres initiatives. Si cette manière de faire pimente sans conteste la vie politique, elle entraîne aussi l’intervention récurrente des autres partis qui reprochent au PS et à l’UDC de se désolidariser du consensus gouvernemental et agitent la menace d’une expulsion du Conseil fédéral. En 2003, l’éviction d’une conseillère fédérale PDC et l’élection d’un deuxième conseiller fédéral UDC modifient l’arithmétique électorale de la formule magique. Après un intermède mettant en scène à partir de 2007 une conseillère fédérale PBC (le Parti bourgeois-démocratique, né d’une scission d’avec l’UDC), la situation est revenue «à la normale» en 2015, avec une formule magique instaurée de facto.
Une importance politique de premier plan
Mais elle laisse également de la place à une opposition constructive, qui peut se révéler extrêmement efficace. La principale force d’opposition est le peuple, qui peut à tout moment s’impliquer dans le processus politique grâce aux outils de la démocratie directe. À côté de cela (et de la politique d’opposition problématique, mentionnée plus haut, menée par les grands partis que sont le PS et l’UDC), les formations plus petites non membres du gouvernement peuvent elles aussi mener des actions d’opposition au sein et en dehors du Parlement. Le succès des Verts et des Vert’libéraux dans le cadre des débats sur le climat en offre un bon exemple et pourrait d’ailleurs ébranler à moyen terme la «formule magique» actuelle.
En résumé, la concordance, recherche d’un équilibre, favorise un processus politique serein et pragmatique, permettant de résoudre les problèmes qui se posent de manière satisfaisante et raisonnable. Un héritage qui mérite qu’on en prenne soin, aujourd’hui comme demain.






