Comment mesurer la couleur du ciel? Horace Bénédict de Saussure tenta de répondre à cette question en gravissant le mont Blanc au XVIIIe siècle.
Comment mesurer la couleur du ciel? Horace Bénédict de Saussure tenta de répondre à cette question en gravissant le mont Blanc au XVIIIe siècle. Wikimedia

Pourquoi le ciel est-il bleu?

Pour répondre à cette question, au premier abord enfantine, le naturaliste genevois Horace Bénédict de Saussure gravit le mont Blanc en août 1787.

Katrin Brunner

Katrin Brunner

Katrin Brunner est une journaliste indépendante, spécialisée dans l'histoire et chroniqueuse de Niederweningen.

Le bleu était-il la couleur préférée d’Horace Bénédict de Saussure, né à Conches le 17 février 1740? Difficile à dire. Ce qui est sûr, c’est qu’outre de nombreuses questions physiques et observations de la nature, il s’intéressa au fait que le ciel semblait devenir plus bleu en montagne. Très jeune, de Saussure était déjà fasciné par les montagnes. Ses deux oncles Albrecht von Haller et Charles Bonnet, deux naturalistes et scientifiques renommés, ne furent probablement pas étrangers à sa passion pour les sciences naturelles telles que la géologie, la botanique, ou encore la philosophie.
Portrait d’Albrecht Haller, vers 1830.
Portrait d’Albrecht Haller, vers 1830. Musée national suisse
Portrait de Charles Bonnet datant de 1778.
Portrait de Charles Bonnet datant de 1778. Musée national suisse
«Les montagnes maudites», voilà comment l’on surnommait le massif montagneux qui entoure le mont Blanc. On disait que plus on montait, plus le ciel devenait foncé et que l’on finissait par disparaître dans le noir. Mais Horace Bénédict de Saussure voulait mesurer la couleur du ciel: «C’est un fait connu de tous ceux qui ont atteint les cimes des montagnes élevées, que le ciel y paroît d’un bleu plus foncé que dans la plaine. Mais comme les expressions de plus et de moins sont relatives à des sensations indéterminées, dont il ne reste de traces que dans une imagination souvent trompeuse, je cherchai un moyen de rapporter, pour ainsi dire, un échantillon du ciel du mont Blanc, ou du moins de la couleur que ce ciel m’aurait présentée.»
Horace Bénédict de Saussure, le regard levé vers le ciel.
Horace Bénédict de Saussure, le regard levé vers le ciel. Wikimedia
Cela, et la volonté de conduire d’autres expériences scientifiques, l’amenèrent à se lancer dans l’ascension du mont Blanc avec une équipe de 19 porteurs. Il n’était pas le premier homme à gravir le Toit de l’Europe. Un an plus tôt, Michel-Gabriel Paccard et Jacques Balmat avaient été les premiers à vaincre ce sommet depuis Chamonix. Mais pour de Saussure, il ne s’agissait pas de réaliser la toute première ascension. Pendant les près de 4h30 de marche jusqu’au sommet, il réalisa divers examens afin de définir la pression atmosphérique, l’humidité et le bleu du ciel.
Aquarelle de l’ascension du mont Blanc par de Saussure, 1787.
Aquarelle de l’ascension du mont Blanc par de Saussure, 1787. Wikimedia
Spontanément, il inventa le «cyanomètre». Cela consistait initialement en 16 bandes de papier collées sur un disque. Le Genevois colora chaque bande de papier en différentes nuances de bleu, obtenues en pilant les pigments colorés du «bleu de Prusse». L’échelle de couleurs fut par la suite complétée par d’autres nuances. Horace Bénédict de Saussure parvint à la conclusion que les différences de couleur du ciel devaient être dues à l’humidité et à la transparence de l’air. Les guides de montagne lui racontèrent qu’ils avaient même vu des étoiles pendant la journée. De Saussure les crut. Un an plus tard, en 1788, alors qu’il se tenait en haut du col du Géant, à 3356 m d’altitude, son fils Nicolas Théodore se trouvait dans la vallée à Chamonix et son ami Jean Senebier, pasteur et naturaliste, à Genève. Tous trois réalisèrent leurs mesures au même moment. Horace Bénédict de Saussure vit dans les résultats une confirmation de sa théorie sur l’influence de l’humidité de l’air sur le bleu du ciel.
Cyanomètre de Horace Bénédict de Saussure, 1788.
Cyanomètre de Horace Bénédict de Saussure, 1788. Wikimedia
La lumière du soleil se compose du spectre de couleurs rouge, orange, jaune, vert et bleu, que l’on voit également dans les arcs-en-ciel. Lors de son entrée dans l’atmosphère, chaque couleur aux longueurs d’onde de vitesse différente rencontre des molécules de gaz qui se trouvent dans l’air, comme par exemple l’oxygène et l’azote. Contrairement à la couleur rouge, qui possède la plus grande longueur d’onde, le bleu, plus rapide et à la longueur d’onde plus courte, rencontre plus souvent ces molécules. Toutefois, notre œil ne voit les couleurs spectrales que lorsqu’elles sont réfléchies par quelque chose. Par exemple, par une molécule de gaz. À midi, le chemin que les ondes de couleur doivent parcourir du soleil jusqu’à nous est plus court. Le matin et le soir, il est plus long. Cela donne alors la possibilité aux ondes de couleur plus lentes de rencontrer des molécules de gaz et de se refléter et peut ainsi créer des levers et couchers de soleil rouges. Horace Bénédict de Saussure ne savait pas tout cela. Mais grâce à ses recherches, il ouvrit la voie aux travaux de scientifiques tels qu’Alexander von Humboldt ou encore Albert Einstein.

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