
L’«action 300 enfants» de 1939
En 1939, 300 enfants arrivèrent en Suisse. Ils devaient poursuivre leur voyage vers d’autres pays quelques mois plus tard. La Seconde Guerre mondiale contraria toutefois ces plans et nombre d’entre eux restèrent pendant des années dans notre pays, comme ce fut le cas d’Anneliese Laupheimer.
Parmi ces enfants se trouvaient deux sœurs originaires de Memmingen, Anneliese et Lotte Laupheimer. Elle provenaient d’une famille juive bourgeoise. Leur père Julius Laupheimer possédait avec son frère un magasin de confection pour hommes. Fin 1938, il fut emprisonné et provisoirement interné dans le camp de Dachau. Anneliese, alors âgée de 11 ans, souffrait d’un handicap mental.
Durant l’été 1942, les parents d’Anneliese et de Lotte furent déportés en Pologne. Dans une carte postale datée du 19 juin 1942, le Réseau d’entraide sociale juif de Lublin écrivit que les Laupheimer se trouvaient à Piaski, dans la voïvodie de Lublin, et étaient en bonne santé. Un ghetto fut créé dans la ville de Piaski, qui faisait partie du Gouvernement général depuis l’occupation de la Pologne. Il fut dans un premier temps destiné aux juifs et juives de Pologne, qui furent déportés en mars 1942 dans le camp d’extermination de Belzec. Le ghetto fut ensuite transformé en un camp de transit pour les juifs et juives allemands, qui étaient ensuite envoyés vers les camps d’extermination d’Auschwitz, de Belzec, de Sobibór et de Treblinka. Si on ne connaît pas en détail le destin de Jeanette et Julius Laupheimer, on sait avec certitude qu’ils n’ont pas survécu à la Seconde Guerre mondiale. Une ancienne voisine de Memmingen, Else Günzburger, écrivit le 14 mars 1946 à Emma Zuberbühler: «Les quatre parents ainsi que l’oncle célibataire, monsieur David, ne sont malheureusement plus en vie. Parmi les juifs de Memmingen, seuls les hommes issus des mariages mixtes, Gutman, Grünfeld et mon mari sont encore vivants[.]»
La fin de la guerre apporta bien des changements pour elle. Sa sœur se rendit en 1946 aux États-Unis, où elle épousa Walter Ullmann. Puisqu’il était clair qu’Anneliese n’avait plus de famille chez qui rentrer et qu’elle n’était pas en mesure d’émigrer en raison de son handicap, le Comité suisse d’aide aux enfants d’émigrés demanda pour elle l’asile de longue durée en Suisse. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la plupart des réfugiés durent se rendre dans d’autres pays, conformément à la devise de la Suisse de n’être qu’un pays de transit. Les quelques-uns qui y restèrent, pour des raisons de santé ou d’âge, vivaient en situation provisoire. Ils obtinrent l’asile de longue durée en 1947. Au total, seuls 3% de l’ensemble des réfugiés accueillis en Suisse durant la Seconde Guerre mondiale y restèrent de manière permanente, soit environ 1600 personnes. 1345 d’entre eux obtinrent l’asile de longue durée, dont Anneliese Laupheimer, «en raison d’une maladie incurable».
Pendant plusieurs années, Ilse Wyler-Weil fut la tutrice d’Anneliese. Elle était elle-même arrivée en Suisse grâce à l’«action 300 enfants» et avait épousé Max Wyler, négociant en bétail, avec qui elle vivait à Uster. Elle rendait régulièrement visite à Anneliese, qui, selon sa description, avait «besoin d’amour» et «était gentille et sage, mais tout à fait incapable de s’occuper». Elle lui apportait des petits cadeaux pour son anniversaire et les fêtes juives.
Anneliese Laupheimer mourut en 2008 et fut enterrée au cimetière juif de Winterthour. Puisqu’elle n’avait ni héritiers ni testament, le reste de sa fortune (déduction faite des frais pour l’enterrement et la pierre tombale), furent transmis à la VSJF, à Ilse Wyler-Weil et à la fondation Hugo Mendel.


