
Madame Palatine à la cour du Roi Soleil
L’incroyable correspondance de Liselotte de Bavière, au-delà de son aspect autobiographique, offre une sorte de chronique de la cour française au temps de Louis XIV et de la Régence. Elle compte parmi les textes de langue allemande les plus célèbres de l’époque baroque.
En 1663, le prince électeur la rapatria à Heidelberg pour lui donner l’éducation jugée alors convenable pour une jeune fille: étude de la Bible, travaux d’aiguille, leçons de danse, cours d’épinette, sans oublier l’apprentissage de l’allemand et du français. Côté loisirs, elle s’adonnait au volant, au billard et à la lecture de livres d’Histoire et d’«éducation morale». Parmi ses treize demi-frères et sœurs – dont un certain nombre mourut prématurément – avec lesquels Liselotte s’entendait bien, elle demeura toute sa vie en correspondance avec les raugravines Louise et Amalie Elisabeth («Amelise»), ainsi qu’avec le raugrave Charles Louis («Karllutz»)
De Heidelberg à Versailles
La relation que Liselotte entretenait avec le roi, qu’elle révérait, était beaucoup plus intime et amicale. Tous deux partageaient les mêmes passions. Aussi amateurs de théâtre et d’opéra l’un que l’autre, ils assistaient souvent ensemble à des représentations. Ils allaient aussi fréquemment à la chasse, à cheval ou en calèche. Liselotte nourrissait en effet pour ce passe-temps un enthousiasme qui persista jusqu’à un âge avancé, en dépit de ses chutes, de ses blessures et de son embonpoint croissant: «Je suis peut-être grosse, mais cela ne m’empêche pas de chasser; je monte de gros chevaux qui peuvent me supporter.»
La vie à la cour de France
Liselotte ne se reconnaissait guère dans l’étiquette et les mœurs de la cour, pas plus que dans le gaspillage et le faste permanents qui y régnaient. Dépenser des sommes extravagantes pour des articles de mode lui semblait vanité et «coquetterie». De sorte que lorsque sa «vieille zibeline», objet de railleries à son arrivée en France, devint un accessoire en vogue lors de l’hiver 1676, particulièrement froid, elle goûta fort l’ironie de la situation: «[...] chacun s’en fait tailler une à présent [...] et c’est en ce moment la dernière mode», s’amusait-elle en parlant de son étole de fourrure plutôt rudimentaire, rebaptisée «palatine» en son honneur. Liselotte garda la sienne jusqu’à ce qu’elle fût mangée par les mites. Mites qui, elles, atterrirent sous le microscope de la duchesse, dont l’esprit curieux s’intéressait à toutes sortes de domaines scientifiques.
«Être Madame est un bien triste métier.»
Liselotte se retira de plus en plus souvent dans ses appartements privés. «Être Madame est un bien triste métier», se plaignait-elle. Elle en vint à la conclusion que «[son] destin avait été ainsi prévu par Dieu: souffrir et se taire constamment, et enfouir en [elle] tout chagrin». Mais cette femme cordiale et pleine d’humour ne sombra pas pour autant dans la dépression: «On ne peut crier sans cesse, et cela ne sert à rien; le rire conserve la santé; chier et péter, sauf votre respect, y aident aussi beaucoup.» Assoiffée de connaissances, elle se plongeait dans les livres de son immense bibliothèque, enrichissait ses précieuses collections de pièces, de pierres précieuses et de cachets, s’occupait de ses cockers, jouait de la guitare et par-dessus tout, s’adonnait à sa plus grande passion: sa correspondance. «L’écriture m’amuse et offre une diversion à mes tristes pensées.»
Un style sans artifice ni fioriture
En conflit avec son cher souverain
La relation entre le roi et sa belle-sœur fut une dernière fois ébranlée après le décès du frère de Liselotte, Charles II, prince électeur du Palatinat à partir de 1680 et mort sans descendance. Louis XIV fit valoir son droit de succession au nom de sa belle-sœur, sans aucun fondement juridique. Ses prétentions aboutirent à la guerre de la Succession palatine, de 1688 à 1697. Les troupes françaises en maraude envahirent le Palatinat, dévastant champs, villes et villages et détruisant le château d’Heidelberg: «Mon cœur saigne, et l’on m’en veut encore fortement de m’en attrister», se désole Liselotte.
De veuve à mère du Régent
Mort et postérité


