
L’Oscar maudit
Un Oscar est-il synonyme de triomphe, de réussite ou de reconnaissance? Parfois aucun des trois. Dans le cas de «Les anges marqués» de la société zurichoise Praesens-Film, c'est plutôt la frustration et la douleur qui se cachaient derrière cette distinction allant jusqu’à gâcher une bonne partie de la vie de l’un de ses lauréats.
Quelle joie! Enfin, en théorie. Bon, peut-être aussi un peu en pratique, mais alors juste un peu. Car si vu de l’extérieur, cet Oscar témoignait d’une certaine reconnaissance, il était en revanche chargé d’amertume pour les deux lauréats Richard Schweizer et David Wechsler, scénaristes du film «Les anges marqués» (The Search en version originale, une coproduction de la société zurichoise Praesens-Film et de la MGM à Hollywood).
Bande-annonce du film «Les anges marqués» de 1948. YouTube
Au printemps 1946, Lindtberg part d’un fait réel pour écrire l’histoire d’une grand-mère qui traverse l’Europe dévastée à la recherche de ses petits-enfants. Les parents étant proches de Claus von Stauffenberg, ils avaient été tués après l’échec de l’attentat contre Hitler, et leurs enfants enlevés, pourvus d’une nouvelle identité puis dispersés les uns des autres.
Après le lancement du film «Les anges marqués», Zinnemann écrira à Lindtberg pour lui confier son malaise face au succès du film alors que l’idée venait initialement de Lindtberg: «C'est toi qui aurais dû faire ce film!» Il accepte néanmoins la proposition de Wechsler. Cette histoire d’un soldat américain dans la zone occupée qui prend sous son aile un jeune orphelin traumatisé le touche. Ce qui lui plaît aussi, c’est que le film doit être tourné à la manière d’un documentaire, c’est-à-dire dans les ruines réelles de la guerre et avec certaines personnes qui ne sont pas du métier, à commencer par des enfants qui ont vécu eux-mêmes la barbarie nazie et dont certains ont même été envoyés dans des camps de concentration.
Clift signe son contrat à Zurich sur la base du scénario de Viertel. Mais pour Wechsler, le scénario est encore trop politique, ce qui selon lui pourrait compromettre son succès commercial. Il le remet à Richard Schweizer et son fils David Wechsler entreprend de le remanier. Les indications précises de temps et de lieu sont gommées en grande partie. Les parents juifs du jeune orphelin deviennent des intellectuels tchèques, la Wehrmacht et les SS une «police secrète» anonyme. De plus, les enfants ne sont plus des victimes du nazisme, mais des «orphelins de guerre» indéterminés. Viertel, dont la famille avait été victime du national-socialisme, est tellement indigné qu’il retire son nom du scénario. Même Clift peine à se calmer. Lorsqu’il lit la version finale, contraint à son grand regret d’honorer son contrat, il qualifie le scénario d’épouvantable concentré de saccharine. Il écrit avec effarement: «C'est comme ‹Jody et le faon›, mais en plus mielleux!»
Wechsler manque d’avoir une attaque lorsqu’il découvre à quel point son acteur principal s’est éloigné du scénario et à quel point on le comprend mal parce qu’il est tout le temps en train de mâcher du chewing-gum, ce qui est censé donner de l’authenticité au jeu, «comme un vrai soldat». Il le bombarde de lettres recommandées (jusqu’à trois par jour), qui sont apportées à Clift sur le plateau de tournage, ce qui pousse ce dernier à confier à un ami: «Ce Wechsler est incroyable. Il oblige tout le monde à perdre son temps à rédiger des lettres ou à discuter avec ses avocats.» Le conflit devient tellement usant pour l’équipe qu’on commence à envisager de tout arrêter, d’autant que la météo s’y met elle aussi, rendant le tournage impossible.
Oscar et critique du scénario
Difficile donc d’imaginer Richard Schweizer et David Wechsler recevant l’Oscar avec sérénité alors que une partie du cœur créatif de l’équipe leur adressait tant de reproches au sujet du film. Mais si ces chamailleries internes n’ont fait que ternir leur joie, l’Oscar porta vraiment malheur à Ivan Jandl, le jeune garçon qui jouait l’orphelin et qui fut récompensé pour son rôle comme «meilleur enfant acteur» lors de la même cérémonie. Et pire encore: cet Oscar a carrément gâché sa vie, du moins professionnelle. C'est ici aussi la crainte d’une mauvaise interprétation politique qui en est la cause, bien qu’il s’agisse d’une toute autre conjecture que lors du remaniement scénaristique demandé par Lazar Wechsler.
Simplement Zurich
La ville et le canton de Zurich ont une longue histoire pleine de péripéties, que le Musée national retrace dans le cadre de cette exposition permanente. Du modèle d’une cabane palafi ttique à la râpe à bircher, en passant par le drapeau du mouvement de la jeunesse, l’exposition illustre les multiples facettes du passé de Zurich et met en valeur nombreux objets historiques présentés à l’aide d’installations vidéos et d’une technologie dernier cri.


