L’œuf de Pâques: objet culte en Russie

Cette année aussi, les Eglises d’Orient et d’Occident célèbrent Pâques. La décoration des œufs est une coutume répandue en Russie, les précieuses réalisations de Fabergé en constituant la forme la plus achevée.

Dans la religion chrétienne, l’œuf est indissociable des festivités pascales. Il représente en effet l’un des plus anciens symboles de la foi en la résurrection du Christ. Selon la tradition orale, la coutume de s’échanger des œufs remonterait au premier siècle de notre ère, vers l’an 30. La coquille, brisée par la force vitale, matérialise le retour à la vie à l’intérieur même du tombeau.

Œufs peints en Russie

Pâques est la principale fête religieuse en Russie. La tradition d’offrir des œufs peints ou décorés est très ancienne et très répandue chez les orthodoxes. Considérés comme des symboles de vie, les œufs ornés de l’inscription « Christos Woskresje » (« Le Christ est ressuscité ») étaient échangés entre les croyants. En Russie, cette coutume était un art populaire. Avec le temps, les matériaux utilisés se sont diversifiés, de même que les motifs : rites chrétiens, saints mais aussi sujets historiques et mythologiques. L’Eglise encourage également la fabrication d’œufs de Pâques de grande valeur, confectionnés avec de la porcelaine, des métaux précieux et d’autres matières. Richement décorés, ils étaient parfois sertis de joyaux. Pendant la Première Guerre mondiale, les soldats reçurent des œufs ornés d’une croix rouge.

Les œufs de Fabergé chers aux tsars

Les œufs de Pâques les plus célèbres, les plus précieux aussi, sont ceux de Pierre-Karl Fabergé, un joailler de Saint-Pétersbourg (1846–1920). Son premier œuf remonte à 1885. Entre 1885 et 1894, il en a fabriqué dix pour le tsar Alexandre III et encore 40 autres pour son successeur Nicolas II, le dernier empereur de Russie, entre 1895 et 1916. En plus de ces 50 cadeaux de Pâques impériaux, Fabergé a également créé d’autres chefs-d’œuvre, notamment des pendulettes de table dotées pour la plupart de mécanismes fabriqués par l’entreprise schaffhousoise Moser & Cie. Après la révolution d’Octobre, les bolcheviques firent saisir toutes les œuvres d’art et joyaux de la famille du tsar, dont les œufs de Fabergé. Dans les années 20 et 30, le gouvernement communiste vendit la plupart de ces derniers à des marchands étrangers. Quant à Fabergé lui-même, il se réfugia en Suisse après la révolution et y demeura jusqu’à sa mort.

La coutume de fabriquer des œufs de Pâques décorés se perpétue aujourd’hui en Russie.

Peter Carl Fabergé, Œuf Fabergé, pendulette à mécanisme Moser, 1893. Saint-Pétersbourg. Argent, néphrite, doré et ciselé. Fondation Igor Carl Fabergé, Genève.

La controverse autour de la date de Pâques

Pâques fait partie des fêtes religieuses chrétiennes dont la date varie chaque année. Et même à l’intérieur de la chrétienté, toutes les Eglises ne célèbrent pas la résurrection du Christ le même jour. Il peut y avoir jusqu’à cinq semaines d’écart entre les Eglises occidentales et orientales, ces dernières respectant le calendrier julien. Mais ce n’est pas le cas cette année, où tous les chrétiens fêteront Pâques le 16 avril.

Œufs de Pâques, 1884–1900. Porcelaine, émail, granite et argent. Liechtensteinisches Landesmuseum, Vaduz. Collection Adulf Peter Goop. Photos: Sven Beham.

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Marina Amstad
Marina Amstad est historienne et slaviste et travaille comme stagiaire au Musée national suisse.

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