Du faux-monnayeur recherché à celui qui donna officiellement son nom à une devise. L’histoire de Joseph-Samuel Farinet a des allures de conte de fées.
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Le faux-monnayeur du Valais

Joseph-Samuel Farinet, le plus célèbre faux-monnayeur du Valais, mourut il y a 140 ans. Au XIXe siècle, il inonda le Valais de fausses pièces de 20 centimes.

Les nouveaux billets de la Banque nationale suisse sont imprimés avec des éléments de sécurité. Cela aurait probablement découragé Joseph-Samuel Farinet. En effet, le plus célèbre faux-monnayeur de la Suisse était certes productif, mais il travaillait de façon plutôt artisanale. Dans les années 1870, il inonda le Valais de pièces de 20 centimes qu’il fabriquait lui-même. Son procédé était assez simple: il apposait l’empreinte d’un timbre non durci sur une pièce authentique avec un marteau et battait ainsi sa propre monnaie.

Joseph-Samuel Farinet était originaire du val d’Aoste, qu’il avait quitté pour le Valais, lorsqu’il y était recherché par la police. Si l’Italien était un criminel, il était aussi un bienfaiteur. Il distribua une partie de ses pièces aux pauvres et ceux-ci le remercièrent en le cachant et en donnant de fausses informations à la police qui, peu de temps après son arrivée, était déjà à sa recherche.

Les pièces de 20 centimes de Farinet étaient également fort appréciées, car au XIXe siècle, le papier-monnaie n’était pas encore très répandu en Suisse. À cette époque, les billets de banque n’avaient pas encore cours légal au niveau fédéral. Il s’agissait bien plus de lettres de change délivrées par les banques, dont la valeur reposait sur une promesse de paiement. Le fait que la Banque cantonale du Valais fût au bord de la faillite seulement quelques années après sa fondation, en 1856, ne renforça pas la confiance dans le papier-monnaie. Bien au contraire. Ce n’est qu’avec la loi de 1881 sur les billets de banque, et l’émission des premiers billets par la Confédération en 1907, que la monnaie fiduciaire gagna lentement la confiance de la population suisse.

Photographie de Joseph-Samuel Farinet, vers 1875.
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Farinet fabriquait des jetons à partir d’un produit semi-fini en nickel qu’il transformait en pièces de 20 centimes avec un timbre.
Musée national suisse

Malgré le soutien actif de la population, la police réussit finalement à débusquer Farinet près de Saillon en 1880. Le faux-monnayeur y mourut dans des circonstances douteuses. En effet, on ne sait toujours pas s’il a été tué par les gendarmes ou s’il est tombé par accident dans une gorge de la Salentse. Mais Farinet ne fut pas oublié. Sa mort mystérieuse alimente encore aujourd’hui sa légende de «Robin des Bois des Alpes». Dans le Valais, le faux-monnayeur est même considéré comme un héros populaire. En 2017, une devise alternative a été lancée parallèlement au franc: le «Farinet». Elle est à présent acceptée comme moyen de paiement dans de nombreux commerces de la région.

Andrej Abplanalp on Wordpress
Andrej Abplanalp
Historien et chef de la communication du Musée national suisse.

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