Au début du XXe siècle, la mine de Buchs fut exploitée de diverses manières.
Illustration: Marco Heer

Le trésor de la mine

C’est l’une des neuf mines du canton de Zurich, et à coup sûr la plus originale. La mine de sable quartzique de Buchs (ZH) fut découverte par hasard en 1898 et fit les gros titres en avril 1910.

À la base, il s’agissait de construire derrière la maison un abri pour un réservoir de carburant. Le sable extrait par Johannes Spühler durant cette entreprise attira l’attention d’un collaborateur de la verrerie de Bülach qui passait sur les lieux par hasard. Il reconnut tout de suite le précieux minerai servant à la fabrication du verre. Dans la foulée, Spühler et son fils Hans, épaulés par des valets et des journaliers, creusèrent un tunnel d’une centaine de mètres dans la montagne. Il était complété de passages transversaux, sur environ 80 mètres.

Lorsqu’ils attendaient le retour des chariots qui acheminaient vers la gare de Buchs destiné à Bülach, les ouvriers tuaient le temps en sculptant toutes sortes de personnages facétieux.

GALERIE DE L’OUVRIER ORDINAIRE

Aujourd’hui encore, une quarantaine de statues et saynètes, tout à fait originales pour certaines, toisent les visiteurs du haut de leur paroi. On trouve par exemple l’archange Gabriel, avec sa branche fleurie et son teint éternellement frais. Ou encore Adam et Ève, bien campés sur leurs jambes, près du serpent tentateur. Des personnages de contes, comme le Petit Chaperon rouge avec son manteau, ou Blanche-Neige et sa ribambelle de nains bariolés. La plupart des sculptures ont été colorées de peinture à l’eau de teinte pâle. Les mineurs ont également voulu manifester leur patriotisme en façonnant une Helvétia énergique, aux traits plutôt hommasses.

Les ouvriers occupaient les temps morts en décorant les souterrains. Ici, le corbeau de Saint Meinrad.
Katrin Brunner

Blanche-Neige et les sept nains apparurent en 1904, sous les mains de Hans Hippele, sculpteur, peintre et graphiste zurichois.
Katrin Brunner

UNE ATTRACTION POUR LES CITADINS

Grâce à une température constante de neuf degrés et une hygrométrie élevée, les couleurs ont conservé leur éclat. Spühler et ses employés bâtirent plus tard une reproduction de l’entrée du tunnel du Simplon, ainsi que du Monument du lion. Copie conforme de son modèle lucernois, le noble félin, blessé, gît au bord de l’eau, où il agonise depuis maintenant plus d’un siècle.

En raison de sa dureté, le grès se prêtait admirablement à la production de verre. L’exploitation était une entreprise familiale, menée parallèlement à une activité agricole. Johannes Spühler choisit délibérément ce type d’organisation, à l’opposé de l’extraction journalière, courante à l’époque, y compris dans les autres communes. Il obtint ainsi le vignoble qui surplombait la mine, ainsi que les pâtures. En outre, lui et ses hommes se trouvaient ainsi protégés des intempéries lorsqu’ils travaillaient.

Au début, l’affaire était si rentable que la mine expédiait chaque semaine jusqu’à cinq wagons du meilleur sable quartzique à Bülach. Mais il s’agissait bien sûr d’un travail éreintant. Tôt ou tard, tous les ouvriers souffrirent de rhumatismes. Un mineur gagnait environ six francs par jour. Des conditions qui n’entamèrent pourtant nullement l’humour des intéressés.

Très avisé, Johannes Spühler n’en aimait pas moins rire. Il repéra bien vite une autre façon d’exploiter la mine en ouvrant au public les sombres couloirs de l’exploitation où se trouvaient les œuvres d’art sculptées dans la roche. En 1906, il ouvrit une «brasserie estivale» qui fut prise d’assaut par les citadins des villes avoisinantes. Il proposait des cartes postales de l’intérieur de la mine, mettant parfois en scène les beuveries d’une «bande de Tziganes» ou des assassins en train de commettre leur crime.

La mine était aussi un lieu de divertissement. On y vendait même des cartes postales.
Katrin Brunner

Une «bande de Tziganes» dans la mine: beuverie ou meurtre crapuleux, Johannes Spühler mettait en scène toutes sortes de tableaux singuliers dans sa mine.
Katrin Brunner

LE TRÉSOR DES RUSSES

Au printemps 1910, une rumeur circula dans la région. On racontait que le 1er avril, on avait retrouvé dans la mine un coffre plein à ras bord de billets de banque français et russes. Spühler renvoya les nombreux curieux qui frappèrent à sa porte après avoir lu le reportage publié dans le Neue Illustrierte Zeitung vers un certains Docteur Lirpa. Les lecteurs et lectrices les plus fins comprirent cependant bien vite que le patronyme de Lirpa, lu à l’envers, donnait le mot «April», le nom allemand du mois d’avril...

Durant la Première Guerre mondiale, la verrerie de Bülach ralentit sa production. Le trafic ferroviaire entre Buchs et Dällikon fut par ailleurs interrompu durant trois années, en raison de la pénurie de charbon. Ces événements marquèrent la fin de la mine, puisqu’à la suite de cela, on se passa du sable quartzique de Buchs.

Un poisson d’avril réussi: en 1910, Johannes Spühler, alias «Docteur Lirpa», décrivit dans les colonnes du Neue Illustrierte Zeitung le fabuleux trésor trouvé dans la mine.
Katrin Brunner

Katrin Brunner
Katrin Brunner a écrit l’histoire de Niederweningen et d’Oberweningen en plus d’être journaliste indépendante.

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