
La culture au temps de la guerre froide
Durant les décennies de guerre froide, l’antagonisme Est-Ouest et la peur du communisme s’étaient emparés de la société tout entière. Et la culture n’a pas été épargnée.
Les théories complotistes jouent un grand rôle dans les représentations de cette époque. L’historien suisse Jean-Rudolf von Salis (1901-1996) parle de psychose anxieuse: «Certaines personnes flairent une conspiration communiste dans une société de consommation inoffensive.»
La conviction qu’il existait des moyens permettant l’exercice d’une influence psychologique a été décisive dans la guerre froide. De fait, certains se sont effectivement attachés à conquérir les cœurs et les esprits (le principe même de la guerre psychologique). La CIA, célèbre service secret américain, lança par exemple une grande opération de propagande après la Seconde Guerre mondiale, le fameux Congrès pour la liberté de la culture (Congress for Cultural Freedom, CCF).
L’écrivain Walter Matthias Diggelmann (1927-1979) fut une autre voix importante de ces années-là. Dans son roman L’Interrogatoire de Harry Wind, il met en scène un conseiller en communication dénué de scrupule, inspiré par Rudolf Farner, spécialiste RP zurichois. Dans La Succession difficile, il évoque entre autres la campagne de diffamation menée à l’encontre de Konrad Farner (1903-1974), un historien de l’art communiste: en 1956, au lendemain de l’insurrection en Hongrie, des journaux bourgeois révélèrent publiquement son adresse à Thalwil. Sa famille reçut des menaces de mort, des manifestations de protestation furent organisées devant sa maison, des vitres brisées.


