
L’italianità à Brienz
À la fin du XIXe siècle, un vent méridional souffle sur les ateliers de l’École de sculpture sur bois de Brienz. Hans Kienholz, directeur de l’établissement, avait en effet ramené l’italianità dans l’Oberland bernois.
Contrairement à de nombreux jeunes de l’époque en voyage d’études, qui se plongent dans la culture italienne guidés par le Cicerone de Jacob Burckhardt (1818-1897) ou encore par le Baedecker, l’enseignant de Brienz a minutieusement planifié son itinéraire. Il s’agit en effet pour lui d’employer son temps de manière ciblée, en le consacrant à des «particularités artistiques» pouvant «offrir des perspectives particulières d’exploitation à visée didactique».
Ce tournant découle de l’industrialisation et de la production de masse de biens de consommation qui lui est associée, une évolution critiquée, notamment pour son mode de fabrication à bas coûts qui concurrence les artisans. Dans ce contexte, le Conseil fédéral décide de subventionner la formation artisanale, comme celle dispensée à l’École de sculpture sur bois de Brienz. La région de l’Oberland bernois compte en effet sur la formation esthétique des sculpteurs sur bois pour stimuler la production d’objets modernes ainsi que l’économie locale.
Dès 1878, en effet, Johann Abplanalp, professeur à l’école de Brienz (dont les cours se concentrent à l’époque principalement sur le dessin), rapportait en conseil d’administration de l’Oberländer Schnitzlerverein que les œuvres de Frullini s’étaient «littéralement arrachées» lors de l’Exposition universelle organisée à Paris. Il critiquait d’ailleurs les prix exorbitants, déplorant qu’il faille débourser 10 000 francs pour «le garnissage d’une armoire» et 600 à 1200 francs pour «de petits reliefs représentant des groupes d’enfants». De son côté, Hans Kienholz constate lui aussi que ces meubles qu’il souhaite présenter comme modèles dans ces cours «valent presque leur pesant d’or».
Aperçus de l’Exposition universelle de Paris, 1878. YouTube
Pour autant, ils critiquent le «naturalisme» exubérant des sculptures ornant les œuvres principalement destinées à une clientèle aisée. Abplanalp constate ainsi que Frullini adopte de plus en plus fréquemment «l’orientation naturaliste», comme si «une armoire n’était là que pour être ornée». Rien d’étonnant, donc, à ce qu’à Brienz, ce «zèle naturaliste» soit accueilli avec ambivalence, l’école cherchant en effet à réorienter sa formation pour parer au reproche d’imitation narrative de la nature, principalement recherchée par la clientèle étrangère.


