
La première «photographiste» de Zurich
À ses débuts, la photographie était souvent considérée comme un domaine masculin. Pourtant, en Suisse aussi, il y eut au XIXe siècle des pionnières de ce nouvel art. Regula Rathgeb était l’une d’entre elles – et voulut même construire son propre atelier de photographie.
Pour les grandes villes comme Berlin ou Vienne, l’ouvrage compte déjà une centaine d’adresses. Et pour Zurich, il mentionne onze noms, dont dix hommes, et une certaine «Madame Rathgeb». Grâce à différents documents réapparus dans le sillage de l’exposition «Fotoateliers in Zürich» (Ateliers photographiques à Zurich), il est possible de retracer partiellement la vie de celle qui fut sans doute la première photographe professionnelle de la ville.
Un mariage turbulent
Eiffert reconnut sa faute et dut verser à Regula Rathgeb une indemnité de 500 francs destinée à «faciliter son nouveau départ». Il dut aussi s’acquitter des frais de procédure, qui s’élevaient à 50 francs.
Un projet confronté à des obstacles
Des documents intéressants trouvés dans les dossiers de la police des constructions révèlent qu’elle tenait à réussir dans son métier: à l’automne 1964, Regula Rathgeb voulut faire construire un nouvel atelier de photographie en verre. Ce genre de studios était apparu à partir du milieu des années 1850, époque à laquelle les professionnels commencèrent à s’installer dans les villes. En effet, pour obtenir de bons résultats, il fallait impérativement disposer de beaucoup de lumière naturelle, la lumière artificielle n’existant pas encore. Ces petites constructions entièrement réalisées en verre, pareilles à des serres, étaient posées directement sur le sol, ou sur des terrasses en toiture d’immeubles.


Vous n’êtes pas sans savoir que le propriétaire, Monsieur Linsi, a largement dépassé pour son immeuble n° 341 la hauteur maximale autorisée par le règlement de construction entré depuis en vigueur, bravant toutes les oppositions. Nous ne savons pas quelles considérations ont ici prévalu; et voilà que se présente une Madame Rathgeb, dont nous ignorons tout, et qui entend coiffer la terrasse de ladite maison d’une construction contre laquelle nous croyons être parfaitement en droit de déposer un recours […]
Finalement, le permis de construire fut refusé, l’immeuble ayant déjà dépassé la hauteur maximale autorisée. Rathgeb avait véritablement joué de malchance, car la police des constructions avait validé les plans, mais la commission des constructions, compétente en dernier ressort, recommanda au conseil communal de refuser l’autorisation. Des tentatives désespérées de sauver le projet en diminuant sa taille, ou en le limitant à deux années, échouèrent en appel.
On ne sait si Regula Rathgeb parvint ultérieurement à installer un atelier de photographie sur un autre immeuble ni combien de temps elle continua à travailler comme photographe. Et aucune de ses photographies n’est parvenue jusqu’à nous. En 1867, elle ne figurait pas à la rubrique «Photographes» de l’annuaire zurichois, ce qui permet de déduire qu’elle était employée dans un autre atelier et non indépendante à la tête de son propre studio. Mais dans le dossier des personnes nouvellement installées de 1868, elle est mentionnée comme «photographiste». À partir de 1879, son nom dans l’annuaire est systématiquement accompagné de la profession «couturière». Regula Rathgeb est décédée le 26 mars 1899 à Zurich, à l’âge de 71 ans.


