Les audacieux projets du jeune Guillaume Ritter
À la fin des années 1860, le canton rural de Fribourg s’engage résolument dans la voie de l’industrialisation. Les audacieux projets d’un jeune ingénieur neuchâtelois tombent à point nommé. Voici Guillaume Ritter et son principe révolutionnaire de «transmission télédynamique».
Le Fribourg des années 1860 n’est pas une ville prospère. On y fait le commerce du bétail, du fromage et du bois. L’agriculture domine, parallèlement aux activités de tressage de la paille, de tannerie et de minoterie. Une grande partie de la population est extrêmement démunie, et le nombre de foyers tributaires de l’assistance publique ne fait que croître. Dans un rapport de 1864, le préfet du district de la Singine indique que des émeutes risquent d’éclater; «il y a grave péril à attendre plus longtemps, devant l’appauvrissement progressif qui envahit les classes vivant de leur travail», avertit une lettre de lecteur dans Le Confédéré du 9 octobre 1867. Le canton espère attirer des industries modernes, et les chemins de fer sont le moteur de l’industrialisation. Voilà pourquoi une première ligne de chemin de fer est en construction depuis 1856. En 1862, la ligne Berne-Lausanne, qui passe par Fribourg, est inaugurée.
Ritter estime que l’emplacement central de la ville convient idéalement à ses projets: d’immenses silos à grains s’élèveraient ici et feraient de Fribourg une plaque tournante du commerce de la farine en Europe. Il rêve de bâtir un site de villégiature sur les rives du nouveau lac de retenue, mais aussi d’un restaurant, d’un kiosque à musique, d’un casino pouvant accueillir 50 000 touristes par an et d’une voie ferrée jusqu’au sommet de La Berra, à 13 kilomètres de là et 1719 mètres d’altitude.
Un différend oppose la ville et le canton de Fribourg après la liquidation de l’entreprise de Ritter. Le canton veut empêcher que la ville ne mette la main sur les nouvelles installations industrielles du quartier de Pérolles. Il négocie en secret et finit par racheter la société. En tant que nouveau propriétaire, le Conseil d’État fribourgeois décide de faire démonter les câbles en acier ainsi que les piliers, et de convertir la station de Pérolles pour produire de l’électricité. La société autrefois détenue par Ritter devient les Entreprises électriques fribourgeoises, qui donneront naissance à l’actuel Groupe E en 2006.


Témoins du passé: la base d’un pilier et une galerie de câbles du système né de l’esprit de Guillaume Ritter.


