
Une chasse aux sorcières pendant la guerre froide
Après un voyage en Union soviétique en septembre 1953, la poétesse Helene Bossert, originaire de Bâle-Campagne, fut soupçonnée d’être communiste. Une accusation qui a bien failli détruire sa vie, en raison de l’anticommunisme qui régnait en Suisse dans les années 1950.
Une chasse aux sorcières politique, médiatique et relationnelle
La responsabilité collective attribuée à toute sa famille a été un fardeau extrêmement lourd à porter pour Helene Bossert. Mais sa mise à mort symbolique l’a encore plus durement touchée: lors de l’embrasement du «Chluri» pendant le carnaval (comparable au «Böögg» à Zurich), le 11 mars 1954, un pantin la représentant a été brûlé avec ses livres sur un bûcher dressé sur la place communale de Sissach. Les parallèles avec les bûchers sur lesquels ont péri les sorcières n’échappèrent pas à Helene Bossert qui les exprima avec force dans son poème «Vogelfrei!» (Hors la loi):
Vogelfrei!
Z Russland gsi,
Z Russland gsi,
So, die mache mer jetz hi!
Vogelfrei,
Vogelfrei,
Bänglet numme uf se Stei!
Hoppla druuf,
Hoppla druuf,
Bis zu ihrim letschte Schnuuf!
Aber breicht,
Aber breicht,
Settig Häxe sy halt geicht.
Z Russland gsi,
Z Russland gsi,
So, die mache mehr jetz hi!
Un voyage lourd de conséquences
Helene Bossert réfléchit longuement avant d’accepter et était parvenue à la conclusion que l’entente entre les peuples était uniquement possible si l’on apprenait à se connaître. Il est également probable que cette poétesse ouverte sur le monde, qui avait jusqu’alors à peine dépassé la frontière avec l’Allemagne et n’avait jamais pris l’avion n’ait pu résister à la tentation d’un vol vers un pays lointain.
Propagande


Elle a payé très cher son refus de prendre position. Pendant des années, elle a vécu avec sa famille dans une sorte de «no man’s land» social, avec très peu d’argent. Lorsqu’elle était invitée à une lecture, le Ministère public manœuvrait pour empêcher cette talentueuse lectrice de se produire en public.
Un cas parmi tant d’autres
Helene Bossert n’était certes pas communiste comme Konrad Farner. Cependant, elle partage avec lui une réhabilitation tardive (et seulement partielle) dans le sillage des mouvements contestataires de 1968.


